Théâtre

Un « Roméo et Juliette » moderne et bouleversant au Lucernaire

Un « Roméo et Juliette » moderne et bouleversant au Lucernaire

09 avril 2019 | PAR melanietlmt

 

Manon Montel propose au Théâtre du Lucernaire une version musicale et condensée de la célèbre tragédie de Shakespeare qui prouve encore une fois l’intemporalité de cette pièce.

« Ô Roméo ! Roméo ! Pourquoi es-tu Roméo ? Renie ton père et abdique ton nom ; ou, si tu ne le veux pas, jure de m’aimer, et je ne serai plus une Capulet ». Telle est la supplique de Juliette accoudée à son balcon, si souvent déclamée, et que Manon Montel sait pourtant faire résonner de façon inédite. Il faut dire que la mise en scène de la comédienne s’y prête : épurée à l’extrême, basée sur des jeux de lumière et l’utilisation de l’espace, elle s’efface pour que ses protagonistes soient au centre de l’attention. Le fait de s’affranchir des lois qui régissent le temps en faisant se dérouler simultanément sur scène deux actions qui prennent part dans des lieux différents accentue l’écho entre les familles de Roméo et de Juliette, toutes deux animées de la même haine. Cette mise en abîme façon miroir accentue les similitudes entre les deux familles, aussi belliqueuses l’une que l’autre et prisonnières de leur passé commun d’ennemis mortels. Cette réverbération spatiale se retrouvera aussi via la répétition de motif, comme une danse entre les amants qui scellera une première fois leur amour triomphant avant d’entériner leur défaite face à la fatalité toute puissante.

Les rouages de la terrible machine devant mener à la mort des amants sont mis à nus, disséqués à travers cette analyse de l’emprise du destin sur les hommes. Lorsque la Capulet baisse les yeux vers l’obscurité de son jardin, c’est le regard de son Montaigu adoré qu’elle rencontre. L’astucieuse mise en scène les place côte à côte, l’un, rêveur, le nez vers les étoiles, et l’autre, hypnotisée, le front penché vers la terre nourricière. Car ces amoureux marchent non pas pour se rencontrer, si ce n’est dans la mort, puisqu’ils se dirigent main dans la main face à leur tragédie commune. Un destin que leurs sentiments inconscients recouvrent d’un voile et soustraient à leur vue, habilement représenté par un tissu aérien servant aussi bien de parure de mariée que de linceul du couple. Les fatales Parques ont bien fait leur travail ! Et leur besogne assidue est rythmée par une composition originale de Samuel Sené regroupant violoncelle, accordéon, guitare et voix. Une musique aux accents médiévaux qui trouble encore plus la perception du spectateur, partagé entre le langage lyrique des amants, le parlé grossier de la nourrice et celui grivois de Mercutio. Un mélange entre mots d’autrefois et aujourd’hui qui accentue l’effet intemporel de cette pièce de théâtre…

La Compagnie Chouchenko revisite un autre classique pour notre plus grand bonheur, armé de ses outils que sont le chant, la danse et la musique. D’une durée parfaite pour une soirée en semaine, cette version de Roméo et Juliette vaut le coup d’oeil -et d’oreille !

« Roméo et Juliette », jusqu’au premier juin au Théâtre du Lucernaire

Visuel : Autorisation Lucernaire

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