Théâtre

[Festival d’Avignon] Un « Roi Lear » sans folie ouvre le Festival d’Avignon

[Festival d’Avignon] Un « Roi Lear » sans folie ouvre le Festival d’Avignon

05 juillet 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La folie, le pouvoir et l’amour pour ouvrir le soixante-neuvième Festival d’Avignon, cela ressemble trait pour trait aux enjeux qui traversent le travail d‘Olivier Py, habitué depuis l’an dernier à ne pas renoncer à son métier de metteur en scène pour celui de directeur du Festival. Le Roi Lear est dans la Cour d’Honneur, malheureusement sans éclat, jusqu’au 13 juillet.
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« Ton silence est une machine de guerre ». Ces mots sont posés en exergue à la pièce, écrits aux néons accrochés sur LE mur. Le texte de Shakespeare nous raconte l’histoire d’un Roi (Philippe Girard) qui, pour choisir à laquelle de ses trois filles reviendra son royaume, les soumet à la question du niveau de leur amour pour lui. Cordélia (Laura Ruiz Tamayo), sa cadette, sa « préférée », son « adorée » le déçoit. Il la déshérite, puis bannit également son fidèle Kent. Le Roi vide progressivement son titre de son pouvoir et s’exile chez ses deux autres filles, Goneril (Amira Casar) et Régane (Céline Cheenne). S’en suit un monde qui vacille où les paricides côtoient les fratricides.

Ce n’est pas la première fois que la folie de Lear entre dans le Palais. Daniel Mesguish l’avait présenté en 1981, et plus récemment, en 2007, Sivadier avait marqué les esprits en montant un plateau en pente sur lequel Nicolas Bouchaud sombrait dans une parfaite démesure. Ici, le décor est une extension du petit plateau qui devant le Palais offre un Lear miniature. Nous sommes dans une allégorie du théâtre de tréteaux qui cherche à dire le siècle dernier. Des néons parsèment la scène. On retrouve les éléments « rendez-vous » du geste d’Olivier Py traduit par son scénographe Pierre-André Weitz : une coiffeuse, un piano, des panneaux qui permettent aux comédiens de s’élever.

Olivier Py a cherché à inscrire ce texte dans l’histoire du XXe siècle tant marqué par les génocides. Dire un monde où la parole est vaine, et où la politique n’est plus une pensée. Sa volonté était juste et prometteuse, et sa lecture du Roi Lear à la fois novatrice et pertinente. Mais la réalisation de ce louable désir atteint mal son but. Dès la première scène, Philippe Girard joue en demi-teinte. Alors qu’il fait cette demande insensée de partager son royaume entre ses filles en leur posant la question – « qui m’aime le plus ? » – la mise en scène semble déjà en dessous. Le surélever de quelques mètres ne suffira pas à réaccorder texte et mise en scène. Py semble parfois vouloir oublier le lieu avec une scénographie qui n’utilise pas (à part pour l’exergue) le mur de la Cour d’Honneur. Et pourtant, les fenêtres auraient été ici utiles.

Et si on a plaisir à retrouver avec bonheur les fidèles de sa troupe dont Jean-Damien Barbin, parfait ici en fou cynique et Eddie Chignara en Kent prêt à devenir clodo pour ne pas abandonner son roi, on oubliera la prestation surjouée d’Amira Casar. Si l’idée de faire débarquer Edmond, fils bâtard de Gloucester, à moto et de faire jouer au départ les sœurs de Cordélia en perruques blondes et robes de Barbie on repassera sur le manque d’audace qui consiste à nous amuser de disparitions dans un placard. On repassera aussi sur une tempête censée être le point de non retour de la folie de Lear et qui ici ne provoque pas plus qu’un léger tremblement.

Py hésite entre un Feydeau et une tragédie. Dans la volonté nette de vouloir rendre le texte accessible, il oublie de faire dialoguer son décor et sa direction d’acteurs. Ce Lear-là n’est pas assez dément. Il reste victime un peu pitoyable. Sa démesure ne nous fait pas peur, elle ne nous saisit pas. Les relations incestueuses avec les filles, qui sont des pestes ne sont pas assez exploitées.

Cette version du Roi Lear apparaît alors comme honnête et louable mais n’atteint jamais son but de nous faire entendre les racines du monde détruit sur lequel depuis quinze ans le XXIe siècle s’est construit. La prophétie n’a pas eu lieu.

Visuel : Le Roi Lear – © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Pour voir et revoir le spectacle en replay gratuit Le Roi Lear pendant plusieurs mois, rendez-vous sur CULTUREBOX, l’offre numérique dédiée à la culture de France Télévisions.  Sur ce site, les festivaliers sont également invités à prendre la parole.

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