Théâtre

Un Revizor survitaminé au Lucernaire

Un Revizor survitaminé au Lucernaire

28 septembre 2015 | PAR Mathieu Dochtermann

En invitant le Collectif Voix des Plumes à présenter à nouveau son Revizor au public parisien, le Lucernaire fait le choix d’une pièce éprouvée, mise en scène de façon particulièrement dynamique, avec des comédiens aguerris qui mettent toute leur énergie à rendre le spectacle mémorable. Une belle réussite, divertissement idéal pour une soirée de détente.

[rating=4]

Photo Revizor New glob

Probablement l’oeuvre la plus connue de Nicolas Gogol, le Révizor est une comédie décapante, qui tient autant de la satire politique que la farce élaborée : l’intrigue est fondée sur un quiproquo initial qui entraîne implacablement dans sa suite tous les glissements, tous les excès, toutes les situations absurdes qui font la délectation du spectateur. Elle peut être montée comme un vaudeville, sans autre ambition que de faire rire ; elle peut aussi servir, en ce qu’elle révèle la veulerie et les bas arrangements de notables de province russes du XIXème siècle, à poser une critique politique de la corruption des dirigeants, des potentats locaux qui s’acquittent de leur charge d’administration avec négligence et égoïsme. Ces personnages d’intrigants et de profiteurs ne manqueront pas de suggérer quelques parallèles au le spectateur contemporain au fait de l’actualité.

C’est dans ce deuxième sens, sans pour autant négliger le premier, que Ronan Rivière et Aymeline Alix, qui se partagent la mise en scène, tirent la pièce. Ronan Rivière campe par ailleurs un Khlestakof très convaincant, parfaitement cynique, à la limite même d’être inquiétant, parfois. L’autre personnage central de la pièce, le Gouverneur corrompu, est superbement interprété par Jean-Benoït Terral, qui lui donne subtilité, humanité et profondeur. Le Gouverneur, qui pourrait facilement être réduit à un rôle d’arriviste pleutre et sans envergure, devient, grâce à cette interprétation talentueuse, la victime – certes pas innocente – de ses propres faiblesses, incapable d’endiguer le cours inexorable des événements mis en mouvement par sa cupidité, terrifié par les conséquences probables de sa propre médiocrité, mais rêvant néanmoins un sort meilleur pour lui-même et surtout pour sa fille ; il finirait par inspirer pitié et même sympathie, alors qu’il est couard, intéressé et manipulateur.

Globalement, le rythme est enlevé. Les comédiens surjouent beaucoup, ce qui convient bien au comique de la pièce, même si on peut regretter qu’ils ne prennent pas vraiment le temps de graduer le basculement dans l’hystérie collective : le volume et l’intensité de certaines répliques en début de pièce semblent exagérément élevés, sans laisser beaucoup de place à un quelconque crescendo par la suite, ce qui est un peu dommage. Cela reste cependant très drôle, globalement, tous les ressorts comiques fonctionnant à plein. Le décor est sobre, la petite taille de la salle permet au public de profiter dans les meilleures conditions du jeu des comédiens, tous les ingrédients sont réunis pour passer une excellente soirée au théâtre.

C’est une sortie tout-à-fait recommandable, une pièce dynamique et divertissante, pas dépourvue de matière à réflexion, servie par une belle troupe de comédiens et une efficace mise en scène. A voir jusqu’au 11 octobre 2015 au Lucernaire.

Auteur : Nicolas Gogol
Traduction : Prosper Mérimée.
Adaptation : Ronan Rivière
Metteur en scène : Ronan Rivière, Aymeline Alix
Comédiens : Michaël Cohen, Ronan Rivière, Jérôme Rodriguez, Christelle Saez, Jean-Benoît Terral, Louis Thelier, Philippe Suberbie, Olivier Mazal, Alexandre Zekri
Musique : Léon Bailly
Scénographie : Antoine Milian
Costumes : Elsa Fabrega
Lumières : Xavier Duthu

Infos pratiques

Odéon Théâtre de l’Europe
Les Gémeaux
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