Théâtre
« Un jour » : l’avant-garde de Massimo Furlan amuse

« Un jour » : l’avant-garde de Massimo Furlan amuse

17 octobre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Les fantômes à la sauce Massimo Furlan. Comme toujours, le performer laisse de la place pour que le désordre s’installe. Quelques jolies scènes se constituent. Mais l’ensemble ne fait hélas pas récit, et nous laisse dans notre fauteuil.

[rating=3]

g_TCI14FurlanRibaupierre03cLe début de Un jour est entraînant : habillé en carreaux, comme un clown, Massimo Furlan déboule. Danse. Fait de la magie foireuse. Et nous raconte sa métamorphose : un jour, il s’est vu dans un miroir. C’était lui, mais plus tout à fait lui… Une sorte de fantôme avait pris place en sa personne. Un esprit présent sur la scène, invité à parler au micro. Sa voix, pointue et digitalisée, est assurée par un comédien présent en chair et en os, aux yeux expressifs : Stéphane Vecchione. Et ce fantôme de nous parler de mort. Des croyances anciennes, de leur évolution. Et de sa position actuelle, à lui, dans nos esprits. Tout ça en termes très philosophiques…

Les pièces signées Massimo Furlan, en collaboration avec Claire de Ribaupierre, contiennent toujours cette dimension : une dialectique à l’oeuvre en direct. Le performer suisse part de souvenirs, qu’il reconstitue, et qui sont aussitôt discutés. Cette fois, pas de match de Coupe du monde rejoué en solo (N°10), d’Eurovision recréé (1973) ou de débat philosophique de vingt-six heures (Les Héros de la pensée). Ce soir, tout se joue sur une scène. Suite au préambule, quatre corps vont commencer à se mouvoir. On a l’impression qu’ils souffrent. Qu’ils meurent. Ils sont secoués de spasmes. L’interprète Sun-Hye Hur apparaît, et les recouvre avec des draps blancs. Ceux-ci disparaîtront vite. Les corps se remettront en marche. La comédienne Anne Delahaye verra l’histoire de la figure qu’elle incarne passer au premier plan… Morgue, séparation du corps et de l’esprit… Et au final, apparition de la mort, ou d’un personnage ressemblant, parlant avec une voix digitale…

La dernière séquence s’avérera rigolote et pertinente, car à mettre en miroir avec le début. Pour finir, Stéphane Vecchione prendra la guitare, et on sera touchés. Mais entre ces morceaux réussis, le reste du spectacle aura été plus exsangue. Le but de Massimo Furlan était de donner à voir des relations entre morts et vivants. Mais la frontière n’est pas assez marquée : on a du même coup l’impression de voir une représentation de la vie dans l’au-delà. La mort est le seul arrière-plan. Et le spectacle de tomber, à plusieurs moments, dans l’illustration. D’autre part, notre performer ne lésine pas non plus sur le sensitif : des effets sonores viennent, à plein volume, ponctuer l’action. Créer des chocs. Mais de même, ils s’inscrivent dans cette représentation de la mort. Qui, au final, ne dérange pas. Nous amuse, sans venir nous hanter. Massimo Furlan se serait-il bridé, en ne travaillant que sur un plateau ? Sa performance est en tout cas bien moins marquante que d’autres de ses travaux. Et on eût aimé que le concept de fantôme fût davantage questionné…

Un jour, mise en scène et scénographie : Massimo Furlan. Dramaturgie : Claire de Ribaupierre. Interprétation : Diane Decker, Anne Delahaye, Pierre-Olivier Dittmar, Massimo Furlan, Sun-Hye Hur, Gianfranco Poddighe, et Stéphane Vecchione. Musique : Stéphane Vecchione. Lumières : Antoine Friderici. Création vidéo : Bastien Genoux. Durée : 1h10.

Visuels : © Numero23Prod

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