
Un jeune se tue de Christophe Honoré : un accident de mauvais goût
“Un jeune se tue” est un texte de commande passée à Christophe Honoré pour les élèves de troisième année de la Comédie de Saint-Etienne. Mis en scène par Robert Cantarella, il est présenté depuis le début de la semaine et pour quelques fois encore au Festival d’Avignon dans le Cloître Saint-Louis.
Disons-le net, la performance des jeunes comédiens force le respect et l’admiration tant ils sont bons interprètes et courageux de s’exposer à une prise de risque aussi importante que ce qu’on leur demande de faire en scène. En revanche, ce qu’ils ont à jouer est totalement indéfendable.
Gaëlle, une jeune fille meurt dans un accident de voiture en rentrant d’une soirée en boîte de nuit avec ses copains. La belle scénographie pour laquelle le plateau a été complètement recouvert de tourbe brune est à la fois le lieu du drame et le champ dédié à la mémoire de la morte.
Christophe Honoré renoue avec quelques uns de ses thèmes de prédilection abordés bien plus finement dans ses derniers films à succès : il est question de la mort prématurée d’une jeune personne et de la manière dont cet évènement tragique agit sur l’existence et les comportements de ses proches en deuil. On se demande où sont passées la belle luminosité, la douce empathie avec lesquelles Honoré comme cinéaste emmenait acteurs et spectateurs sur des terrains sentimentaux troublés, instables mais beaux. Ici, tout est traité avec une légèreté, une vulgarité, une complaisance, une impudeur, une inconsistance caractéristiques d’un théâtre qui se voudrait choc par pure vanité.
La jeunesse peinte est puérile, réduite à l’inconséquence. Pauvre simplicité d’approche ! La pièce est en cause, la mise en scène de Robert Cantarella aussi. Elles ne sont que ramassis de clichés et d’outrances. Le fait divers tourne au gore avec force hémoglobine au point de devenir ridiculement grotesque, mais aussi au sordide avec la mise en scène des déviances nécrophiles d’un sale gamin immature, et pour finir au lourd pathos comme si cela n’était pas suffisant.
On préfère se souvenir de l’éblouissant travail qu’a réalisé dernièrement Krystian Lupa avec de jeunes comédiens tout juste sortis d’écoles nationales. Dans “Salle d’attente”, il les guidait lui aussi dans un univers âpre et trash, de sexe et de violence exacerbés. Mais c’était autrement plus intelligent et donc plus fort.
Photo, Christophe Raynaud de Lage