Théâtre

Un Hamlet très russe aux Ateliers Berthier

15 octobre 2010 | PAR Soline Pillet

Dans le cadre de l’Année de la Russie, les pièces de théâtre russes fleurissent cet automne.  ‘La Cerisaie’ de Tchekhov, présentée jusqu’au 24 octobre à l’Odéon, est programmée simultanément avec ‘Hamlet’ de Shakespeare aux Ateliers Berthier, revisité par le metteur en scène Nikolaï Kolyada.  Un résultat original et éclaté, aux qualités cependant inégales.

Nikolaï Kolyada crée la compagnie du même nom en 2001 à Ekaterinbourg. Après des déboires avec la mafia, il renaît de ses cendres, pour aboutir à la première de son ‘Hamlet’  en mai 2007. « On dit que je représente l’avant-garde, mais non, je représente le théâtre russe » explique le metteur en scène, qui interprète également le spectre du père d’Hamlet dans la pièce. On le croit volontiers, tant cette version d’un classique moult fois adapté est empreint de quelque chose de singulièrement « russe ». Jeu débridé caractéristique des performeurs barrés d’Europe de l’est, qu’aucune limite ne semble intimider, la pièce fait fortement appel au corps, et évoque bien plus le « physical theatre » que le théâtre traditionnel. Faisant fi d’un évident manque de moyens, le côté bricolage et récup’ devient au contraire un parti pris esthétique. Amoncellement de détritus, canettes ou bouchons de liège dont s’inondent les comédiens de façon récurrente, costumes sortis tout droit d’une braderie donnent à l’ensemble un charme désuet qui fleure l’ex-URSS.

Cette  surcharge visuelle se révèle fatigante pour l’œil, surtout lors du premier acte. Bien plus qu’inégaux, les deux actes s’avèrent diamétralement opposés. Répétitif et lancinant avec ses nombreuses scènes d’ensemble et l’emploi excessif d’accessoires – dont des copies de la Joconde à l’obscur symbolisme -, le premier acte se perd quelque peu dans les longueurs et l’hystérie. Le deuxième acte en revanche, plus sombre et épuré, se concentre sur les personnages principaux et file avec limpidité. Davantage que l’intrigue de l’histoire, largement élaguée et revisitée, l’intérêt de la pièce se résume presque au fascinant décalage que procure la langue. Il est parfois tentant de perdre le fil de l’action en lâchant des yeux les surtitres pour se concentrer sur les dialogues et l’action d’un point de vue purement sonore et visuel. La pièce offrait alors des instants à la beauté pure, comparables à de la danse-théâtre.

Oleg Yagodine incarne un Hamlet tatoué à la jeunesse et la fragilité désarmantes. Charismatique et presque enfantin, il explose dans le deuxième acte qu’il porte à une tension effrénée. La scène finale, forte et marquante, voit le jeune prince, nu en position fœtale, ne dévoilant que son dos tatoué au public, se laisse inonder par la douche rivée au plafond. La passion violente et tragique de la plus célèbre pièce de Shakespeare est fort bien restituée par la sensibilité dramatique de cette troupe slave.

‘Hamlet’ d’après Shakespeare, mise en scène de Nikolaï Kolyada – Du 7 au 16 octobre 2010, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h – Ateliers Berthier, 8 boulevard Berthier, Paris 17ème – Réservations : 01 44 85 40 40 – De 6€ à 32€

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Soline Pillet
A 18 ans, Soline part étudier la danse contemporaine au Québec puis complétera sa formation par les arts visuels à l’Université de Brighton. Au cours de son apprentissage, elle participe à des projets éclectiques en tant que danseuse. Également passionnée par l’écriture, elle rejoint les bancs de la fac en 2007 afin d’étudier la médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle. C’est par ce biais qu’elle s’ouvre au théâtre, au journalisme, et à toutes les formes d’art. Aujourd’hui, Soline rédige un mémoire sur la réception critique de la danse contemporaine tout en poursuivant sa passion pour la danse et l’écriture. Après avoir fait ses premiers pas de critique d’art pour le site Evene, elle rejoint l’équipe de la Boîte à Sorties en septembre 2009.

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