Théâtre

« Un dieu un animal », transposition enivrante d’un texte splendide

« Un dieu un animal », transposition enivrante d’un texte splendide

15 décembre 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

En portant à la scène les mots pleins de souffle de Jérôme Ferrari, l’équipe conduite par la Compagnie Espace Commun signe un spectacle qui suggère beaucoup, avec brio. A voir un soir encore à l’Atelier du Plateau, avant sa tournée dans les écoles d’Essonne.

Pour celui qui ne connaît pas les romans de Jérôme Ferrari, Prix Goncourt pour Le Sermon sur la chute de Rome, l’écoute de cette adaptation d’Un dieu un animal peut apparaître comme une révélation : on y découvre un style fort, qui rend les mots habités par un souffle physique et impressionnant, et sait faire surgir des paysages crus et beaux au détour des phrases.

Le récit de ce texte narratif s’attache à un homme encore jeune, de retour en Corse après de dramatiques aventures en tant que mercenaire pendant la Guerre d’Irak. Et à son monde natal qu’il essaye de reconstituer, quand son esprit ne vagabonde pas du côté des envies de mort… Cet argument se trouve magnifiquement transfiguré par le style d’écriture, et par la capacité de l’auteur à se montrer jusqu’au-boutiste dans les situations qu’il décrit.

Chance : les deux interprètes de l’adaptation proposée par la Compagnie Espace Commun trouvent la parfaite hauteur pour s’approprier ces mots. Ils ancrent tous deux leurs corps à la présence impressionnante dans cette matière textuelle vaste et très vivante, et l’incarnent avec beaucoup d’humanité et de force. Lorsque Martin Nikonoff passe d’une temporalité à l’autre, de l’enfance aux crimes commis, de la Corse à l’Irak, de ses ravages intérieurs au destin d’un poète décapité, il convoque une foule d’images, de façon limpide, sans rien forcer.

Quand Ambre Pietri raconte le chemin fait par l’amour de jeunesse du personnage principal, elle impressionne par son énergie et par la tristesse sourde qui l’anime. Ces deux interprètes parviennent à suggérer une impressionnante foule de mondes et de thèmes, contenus dans le roman, et prêts à faire vibrer les sentiments et la réflexion.

Simplicité et évocation

Frontale, simple, très évocatrice, la mise en scène de Julien Fisera évite de montrer, et convoque des effets très simples qui suffisent à faire voyager, avec la musique bien dosée d’Olivier Demeaux en arrière-plan. Le travail sur la lumière (due à Kelig Le Bars), suggère ainsi les atmosphère à coups de glissements infimes. Dans ce cadre, ce récit tiré des pages écrites par Jérôme Ferrari devient une fable vaste, aux scènes terriblement humaines, aux thèmes bien actuels.

Et dans un espace comme celui du Centre dramatique de quartier L’Atelier du Plateau (situé dans le 19e à Paris), le décor sobre qui encadre ces interprètes, jouant proches du public, participe au sentiment de communion et d’identification. D’ailleurs, à leur entrée sur scène au départ (au sein de l’espace imaginé par François Gauthier-Lafaye), les deux comédiens s’adressent à nous, à la première personne. Contant deux-trois souvenirs sont on ne sait s’ils sont tirés du livre, eux…

Et le spectacle, prévu en grande partie pour être joué dans un cadre scolaire, fait au final une impression profonde : les scènes qu’il peint restent en mémoire. Elles parlent à notre humanité, tant et si bien qu’on les garde en tête, pour les recroiser un jour dans nos pensées, sans doute.

Cette pièce va tourner, dans les semaines à venir, dans de nombreux établissements scolaires (en Essonne en grande partie).

Les dates (hors scolaires) à venir du spectacle Un dieu un animal : le spectacle sera à Gradignan les 24 et 25 janvier 2019 (Théâtre des Quatre Saisons) et aux Ulis le 5 février 2019 (Espace culturel Boris Vian).

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Visuel : photo © Simon Gosselin

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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