Théâtre
Un conte de Noël : huis clos vénéneux à l’Odéon

Un conte de Noël : huis clos vénéneux à l’Odéon

29 janvier 2020 | PAR Anne Verdaguer

Après Fanny et Alexandre à la Comédie française, Julie Deliquet adapte avec brio le scénario d’Un conte de Noël, film d’Arnaud Despleschin, qui parle d’une tribu qui se déchire avec en toile de fond un drame familial, sur lequel viennent se greffer de multiples secrets et le spectre de la folie. On est capté par l’histoire de cette famille dont les vrais enjeux se révèlent au fur et à mesure de la pièce. Un huis clos tragi-comique qui fourmillent de références, de Shakespeare à Strindberg en passant par Tchekhov.

La famille Vuillard se retrouvent pour un Noël qui s’annonce ordinaire dans leur maison de Roubaix. Trois générations s’y croisent, sur une scène en bi-frontale qui peut s’apparenter à un ring. Du coup, les règlements de compte ne tardent pas à voir le jour, et cela démarre par l’annonce de la maladie de la mère, atteinte d’un lymphome. Celle-ci a besoin d’une greffe de la moelle osseuse, qui du fils honni ou du petit fils soigné pour troubles psychotiques pourra la sauver?

C’est l’intrigue principale de cette histoire, sur laquelle s’ajoutent d’autres drames familiaux, qui questionnent la question de l’héritage, de la fratrie, du deuil, du manque… entre autre. Une adaptation que Julie Deliquet a voulu fidèle à la langue de Despleschin, même si on y retrouve la patte de la metteuse en scène adepte d’un théâtre qui pourrait s’apparenter à une certaine forme publique de l’intime. 

La dramaturgie totalement sous contrôle est le fruit d’un travail pour déconstruire le scénario initial. Tâche titanesque puisque Julie Deliquet s’est confronté à la difficulté de transposer au théâtre et en 2h20, un scénario qui comporte pas moins de 162 séquences dont 30 de flashbacks ! Pour cela, elle  s’est appuyée notamment sur ses comédiens, à qui elle a confié la mission de rendre plus dynamique un scénario conçu et pensé pour le cinéma et fait de multiples scènes à deux. Il fallait donc faire une nouvelle version pour 12 comédiens. Le résultat est une oeuvre chorale, où l’esprit de troupe transpire dans cette tribu qui se déchire, à tel point qu’on l’on est parfois pris d’un vertige, tant les histoires sont imbriquées les unes dans les autres. Comme si le malheur était contagieux.

L’histoire de Sylvia, la pièce rapportée, et femme d’Henri est en cela très emblématique. Personnage périphérique, elle n’en est pas pour autant secondaire, et elle incarne un destin qui bascule sous nos yeux, comme celui des autres membres de la famille qui ont tous, à leur niveau, dû jongler avec la fatalité, passée ou future.  

On en ressort secoué, d’un art de la scène si maîtrisé et de cet espace temps qui se déploie bien au delà du spectacle, dans une réflexion sur la famille, inépuisable.

Un conte de Noël, Julie Deliquet, collectif In Vitro, jusqu’au 2 Février aux ateliers Berthier, théâtre de l’Odeon

 

 

Visuel : Simon Gosselin

 

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Anne Verdaguer

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