Théâtre
« Un compte rendu pour une académie », le texte intégral de Kafka s’écoute aux Mathurins

« Un compte rendu pour une académie », le texte intégral de Kafka s’écoute aux Mathurins

03 mai 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam


Il faut descendre, descendre le grand escalier jusqu’à la petite salle du précieux Théâtre des Mathurins pour accéder à la parole d’un singe au-delà de savant, Pierre le Rouge s’apprête à faire « Un compte rendu pour une académie » dans sa version intégrale.

Dirigé par le réalisateur et le metteur en scène Jack Garfein le comédien Erik Stouvenaker va raconter, sa « métamorphose », le mot est tentant, mais surtout, au delà de ça, l’origine de son projet. Pourquoi a-t-il voulu changer ? Pour être libre ? Non, la condition d’humain le dégoûte  Juste pour « trouver une issue ».Pourquoi cette prise de parole publique ? Qu’est-ce que cet homme a à dire à la haute société ? Lui, en costume début XXe, dans cette pièce où le bois règne en maître, de la lourde table au tableau en passant par la embarde. Il a justement à dire qu’il est homme. Cela parait évident, et pourtant, avant, il y a seulement cinq ans, Pierre était un singe….

La scénographie extrêmement classique ne cherche pas la contemporanéité mais juste à faire entendre, et pour la première fois en intégrale ce texte rarement montré.

On y entend les obsessions de Kafka, drôle de prophète. A l’inverse de La Métamorphose écrite deux ans auparavant, c’est l’homme qui prend le dessus sur l’animal, ou plutôt, c’est l’animal qui choisit de devenir homme pour échapper à sa condition de bête de foire. Lui, enfermé dans sa cage sur le bateau de Karl Hagenbeck, idole des matelots qui viennent le titiller. L’éternelle enjeu de la fuite s’accompagne d’un retour éternel à ce qui le constitue. Pour être homme, il aura appris à boire et à cracher, cela ne fait rêver personne, pas même un singe !

« J’ai donné le change, je n’avais pas d’autre choix »

Tout n’est dans ce texte que faux-semblant. Vous pensez voir un homme ? Il est plus bestial qu’un singe.  Compte-rendu pour une académie, écrit en 1917, résonne fort à nos oreilles qui continuent d’entendre trop fort le son du totalitarisme. « Trouver une issue dit l’homme singe » mais voilà longtemps que Kafka pense qu’aucune est possible. Le singe devenu Pierre n’apprendra qu’une chose… le dégoût et le cynisme.

Visuel : (c) affiche du spectacle en Une et autorisation (c) Théâtre des Mathurins

 

 

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