Théâtre

Un amour impossible de Christine Angot platement adapté au théâtre

Un amour impossible de Christine Angot platement adapté au théâtre

03 mars 2017 | PAR Christophe Candoni

Moins de deux ans après sa parution aux Editions Flammarion, Un amour impossible, le roman de Christine Angot fait l’objet d’une adaptation théâtrale plus efficace qu’inspirée, assez platement mise en scène par Célie Pauthe.

La relation mère-fille est au cœur du spectacle. Une histoire d’amour mais aussi de souffrance, pleine de fusion et de culpabilité. Aveuglée, impuissante, la mère n’a pas su, pas pu, réagir une fois qu’elle a appris que sa fille, enfant, a été sexuellement agressée par son père. Pierre est un homme que Rachel a beaucoup aimé. Du haut de sa supériorité bouffie de prétention et d’érudition, lui, a toujours refusé de s’engager, n’a pas voulu se marier avec elle, pas voulu reconnaître leur enfant, du moins au début. Lorsque la pièce commence, le père vient de mourir. Si Christine, la fille, est rageusement attristée, la mère dit n’éprouver aucun chagrin, aucune émotion. Cette mort, elle l’attendait, elle en rêvait, mais sa réalité effective ne la contente même pas. C’est ce qu’elle déclare stoïque dans la froideur du plateau nu et obscurci.

Dalida chante la chanson d’amour sur laquelle le couple s’est rencontré, à Châteauroux, dans les années 50, et fait remonter le temps jusque dans le foyer familial au mobilier rétro et fonctionnel. Christine est alors une fillette qui récite avec alacrité un poème appris par cœur. « Le bonheur est dans le pré, cours-y vite il va filer »… Son refrain naïf semble cruellement programmer un destin peu favorable. Mais le moment est à la jovialité enfantine. Fusent les rires, les chansons et les danses. Suit une succession de tableaux ponctués de changements de décors sur musiques dépressives comme autant de rendez-vous, souvent manqués, entre les deux protagonistes à trois âges de leur vie. L’heure est aux mises au point, aux longues déclarations et d’explications.

Christine Angot qui a pris part à l’adaptation en récrivant des scènes, fouille dans la mémoire, la conscience, la douleur de ses personnages pour décrire une véritable entreprise de démolition, d’anéantissement de l’autre, sur fond de linge sale familial, d’inégalités sociales et d’antisémitisme. Les thèmes existentiels et universels qu’elle développe sont ceux qui intéressent et qu’a déjà exploités Célie Pauthe en montant Müller, Bernhard, Bergman, O’Neill, Duras, autant de territoires politiques et intimes traversés d’une violence tapie et inouïe. La metteuse en scène et directrice dit avoir été bouleversée par la lecture du roman, avoir ressenti une nécessité absolue de le monter. On ne sent pourtant pas l’urgence dans son geste appliqué où certes une fine délicatesse affleure mais aussi une absence d’inventivité.

Ce style de théâtre psychologique et verbeux – utiliser tant de mots pour exprimer autant de non-dits et d’incapacité à dire paraît un aberrant pêché d’auteure – impose néanmoins une riche gamme d’émotions à jouer. La grande Bulle Ogier et Maria de Medeiros sont deux actrices sensibles mais qui adoptent dans un jeu minimaliste le ton atone et faux d’une récitation assez peu vibrante. Faute de jeu et d’enjeux, rien n’embarque, n’étonne, ne bouleverse vraiment.

Photo Elisabeth Carecchio

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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