Théâtre

Trouble dans le genre: Change Me au festival SPOT

Trouble dans le genre: Change Me au festival SPOT

28 septembre 2017 | PAR Marianne Fougere

Dans une mise en scène ambitieuse, Camille Bernon et Simon Bourgade explorent, à la frontière des mythes d’hier et d’aujourd’hui, la figure du marginal sexuel.

[rating=4]

Sujet d’actualité des plus brûlants, la question du genre interroge autant qu’elle inquiète lorsque, fantasmée, elle emprunte les traits de la théorie.De celle-ci, n’en déplaise à Christine Boutin, Change Me n’a que faire. Le spectacle de la jeune Cie Mauvais Sang troque les livres de Judith Butler et les opinions déversées sur plateaux télévisés contre la vérité des mythes et la force évocatrice des faits divers.

Tout commence donc avec le témoignage, face caméra, de Léna. L’adolescente évoque son ex petit-ami. Axel(le), comme tous les mecs, aimait les bagnoles et la bière. Mais il était différent des autres mecs. S’il sortait avec elle, c’était parce qu’il l’aimait bien et non pour coucher avec elle. « Il disait qu’on le ferait quand je serai prête », confie la jeune fille. Il attendait peut-être lui aussi d’être prêt…e. Car Axel(le) est en réalité une fille qui, à coup de bande plaquée sur la poitrine et de gode ceinture, fait croire à son groupe d’amis, et donc à Léna sa petite copine, qu’elle est un homme. La fête tournera au drame lorsque, au moment du premier rapport entre les deux adolescentes, le pot aux roses sera découvert. Au karaoké et aux tournées de shots, succéderont touché vaginal, viol collectif et tabassage en bonne et due forme.

D’une effrayante banalité, l’intrigue n’est qu’un prétexte pour reformuler une question qui, malgré le poids des années et des mythes, demeure pourtant irrésolue. Comment s’affirmer au milieu des autres quand, sexuellement, tout nous renvoie à la marge ? D’Ovide à Issac de Benserade, en passant par les films Tomboy ou The Brandon Teena story,multiples sont les façons de s’affronter à cette question. Tout l’intérêt de Change Me est d’avoir fait de l’obliquité son parti-pris tant éthique qu’esthétique. Enregistrement vidéo des interrogatoires des témoins du drame, dialogue théâtral déclamé, bande-son assourdissante, sketch de talk-show, etc. : tous les supports sont convoqués pour tenter d’explorer la question du genre sous ses différentes facettes. Subvertir donc la culture aliénante par la diversion, voire la digression ou le divertissement. Sous-titrer les maux par une avalanche de mots. Multiplier les pistes audio et risquer peut-être aussi de faire écran. La stratégie du contournement a, en effet, la qualité de ses défauts: par touches impressionnistes elle parvient à saisir ce qui n’est que trouble et confusion, mais elle manque de mots pour traduire aujourd’hui une sensation aussi vieille que le monde. Cependant, ni ce voile, ni les quelques longueurs dont il se rend parfois coupable, ne dépossèdent Change Me de son caractère fab(l)uleux.

Visuels: photos officielles du spectacle

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Marianne Fougere

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