Théâtre

Troublant Caligula par le Theater Varna

27 novembre 2009 | PAR Christophe Candoni

Le jeune metteur en scène bulgare, Javor Gardev, et ses comédiens du Theater Varna proposent une mise en scène très visuelle, entre théâtre et performance, de la célèbre pièce d’Albert Camus qu’ils montent dans leur propre langue (le texte est traduit par Natasha Kolevska-Kurteva). Nous avons assisté à une des représentations, peu nombreuses, de ce Caligula à la Maison des Arts de Créteil.

Assister à ce Caligula relève de l’expérience. La scénographie de Nikola Toromanov est singulière dans la mesure où le spectateur entre sous un haut chapiteau rouge, de forme octogonale et qu’il se place autour d’un espace scénique extrêmement réduit. L’intérêt est que les acteurs jouent très près, parfois à peine à un mètre de nous. Cet espace, où est omniprésent l’insigne menaçant du pouvoir et la couleur du sang, provoque le malaise et dérange presque tant il abolit toute distance avec ce qui se joue. L’effet visé par cette proximité est bien sûr de provoquer un choc face à une mise en scène radicale. La violence et la destruction sont soulignées par les bruits sourds de la composition musicale originale très rock de Kalin Nikolov, de même qu’ils s’expriment par la nudité des corps qui participent à la beauté plastique et la puissance du spectacle. Les corps exhibés se touchent, s’affrontent, s’étreignent avec une brutalité animale. Certaines scènes sont saisissantes de violence comme l’étouffement de Mereia, ou le viol de la femme de Mucius. Parfois, l’outrance devient répétitive, comme le jeu sur l’homosexualité latente des hommes de la cour (l’Hélicon de Toyan Radev drôle mais réducteur) avec accessoires sadomasochistes pour souligner la débauche des conjurés.

caligula image 1

L’intérêt principal du spectacle est le choix de l’acteur Dimo Alexiev époustouflant dans le rôle-titre. Lors de la création de la pièce en France, en 1945, c’est Gérard Philipe qui incarnait le monstre sanguinaire qu’est Caligula en lui prêtant les traits d’un visage angélique. Ici, Alexiev est troublant et ambigu. Il joue de son physique à la fois massif et androgyne pour séduire. Despote, meurtrier sanglant, pervers sexuel, il apparaît calme, paisible, la violence intériorisée, souvent en voix blanche. Son autorité mesurée et glaçante provoque l’effroi. Il met en lumière la solitude de Caligula dans sa quête de l’impossible. Dans la deuxième partie, il se livre à une danse, chorégraphiée par Violeta Vitanova et Stanislav Genadiev, qui forme une vraie rupture dans l’approche du personnage, dans laquelle s’expriment fièvre et avidité de pouvoir et de sexe et culte de la personnalité. Il donne une posture mythique, presque divine au personnage.

caligula-varna-gardev-mac21

La pièce se présente comme une performance artistique qui requiert un engagement total des interprètes. En face de la forte présence scénique de l’acteur principal, le reste de la distribution paraît parfois en retrait. La mise en scène provocante ne manque pas de démesure ni de folie sauf peut-être dans la scène du repas. L’entrée en scène de Caligula, presque nu portant le corps inerte de Drusilla morte et semi-déshabillée sur son dos est saisissante. Même effroi lorsqu’en silence, il la plonge dans un bassin d’eau, la purifie et l’étreint avec un mélange de douceur et de brutalité avant de la déposer dans sa tombe.

Caligula, jusqu’au Samedi 28 novembre, à 20h30. http://www.maccreteil.com/ Place Salvator Allende, métro Créteil-préfecture (ligne 8).

 

Infos pratiques

MurMure: la comedie burlesque sur le conflit israélo-palestinien susurre les maux de l’absurde
Le casting du siècle
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *