Théâtre

Triumvirus de Nina Villanova au Théâtre Studio Benedetti

Triumvirus de Nina Villanova au Théâtre Studio Benedetti

09 novembre 2017 | PAR David Rofé-Sarfati

La pièce se déclare une pièce montage et une réflexion sur la crise de la dette. Si le propos est invraisemblable, la mise en scène et le jeu des comédiens sont, on est chez Christian Benedetti, magnifiques tout ensemble qu’insolites.

Un texte politique à la lisière du complotisme.

On se souvient du fameux l’inflation ou la mort de Mélenchon refusant l’austérité comme solution à la dette grecque. Villanova reprend le stratagème simpliste et binaire ainsi que l’anthropomorphisme  de l’économie du chef des insoumis, et cherche à nous faire peur. Pour aider à sa manipulation, elle emprunte à La Colonie Pénitentiaire de Kafka le thème du paiement de la faute par la torture. Chez Kafka, le criminel à la suite d’un procès non contradictoire et totalement arbitraire se voit graver dans sa chair même et par une géniale machine inventée par son bourreau le chef d’accusation; il en meurt exsangue. En final de la nouvelle de Kafka c’est le bourreau  qui dans un revirement utilise sa fière invention sur lui même. Chez Villanova, la condamnation et non la faute est gravée sur le pauvre corps grec et le bourreau, l’Europe, survit à l’histoire. Le propos est pauvre et n’hésite pas à tutoyer la théorie du complot: la dette grecque ne serait qu’une falsification.

La mise en scène est géniale.

Il n’empêche que la pièce est une réussite. La mise en scène et la scénographie utilisent le décalage entre une quotidienneté réaliste et une déréalisation radicale où dans un décor fait de bric-à-brac les personnages s’autorisent des soudains comportements extrêmes, décharges de leurs conflits psychqiues. Cette articulation de deux modes de récit apporte une esthétique nouvelle à l’acte dramatique et assure à l’édifice une autonomie propre. Le jeu des comédiennes, en particulier Julie Cardile, est merveilleux d’engagement et de cette intéressante désynchronisation. Les comédiennes quittent le plateau parfois, et la pièce continue à vivre, seule et indépendante. Le motif est bluffant. La pièce vue à la première, le final est trop long, mais on donne crédit au talent de Nina Villanova de réajuster.

Du très beau théâtre servant un texte un peu vert.

TriumVirus from Théâtre-Studio on Vimeo.

Triumvirus
Conception / Réalisation : Nina VILLANOVA
Assistée de Mayya SANBAR
Avec Marine BEHAR, Julie CARDILE, Zoé HOUTIN, Nina VILLANOVA
Création sonore : Jean GALMICHE
Création lumière : Hugo HAMMAN
Scénographie : Emma DEPOID
Production : Cie Point de fuite
Producteur Délégué : Théâtre Studio d’Alfortville
Coproduction : Théâtre Studio d’Alfortville

 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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