Théâtre

Tristesse et joie dans la vie des girafes, le parcours initiatique d’une enfant en deuil

Tristesse et joie dans la vie des girafes, le parcours initiatique d’une enfant en deuil

28 novembre 2018 | PAR Gabrielle Degeorge

Dans le cadre du festival d’Automne, le metteur en scène Thomas Quillardet présente la pièce du dramaturge portugais Tiago RodriguesTristesse et joie dans la vie des girafes.

Nous sommes à Lisbonne, en 2008, un an après la crise financière qui ébranla l’économie du Portugal. Girafe, la protagoniste de l’histoire, vient de perdre sa mère; son père lui, au chômage, « a arrêté de mériter de l’argent à la fin du mois ».
Ce spectacle loufoque expose avec tendresse la vie d’une petite fille de 9 ans. Celle-ci souhaite réaliser un exposé sur la vie des girafes, mais son père ne peut plus payer l’abonnement au ‘Discovery Channel’. Elle s’embarque alors sur une aventure à travers les rues de Lisbonne à la recherche de quoi se payer un abonnement à vie.

Thomas Quillardet parvient à montrer dans une mise en scène sobre les pérégrinations de Girafe, jouée par Maloue Fourdrinier et de son ours, Judy Garland, interprété par Christophe Garcia, à travers la ville. Il raconte leur histoire avec des sons notamment, ceux des pas de la petite Girafe et de son grand nounours à ses côtés, ceux des voitures, des gens autour d’elle, un véritable panorama auditif de la ville. Avec simplement une toile relevée et dépliée par moments et des jeux de lumières, la scène se transforme régulièrement pour représenter les paysages changeants que parcourt Girafe.

A travers son flux constant de paroles, Girafe nous parle, comme dans un exposé, de sa vie et de son histoire, décrivant tout ce qui l’entoure. Elle nous parle entre autre du jeu qu’elle jouait avec sa mère qui consistait à chercher des mots dans le dictionnaire, et qui fait que son discours est parsemé de mots sophistiqués pour son âge. Girafe semble essayer de déchiffrer le monde à travers les mots. Quant à lui, l’ours en peluche Judy Garland a un discours tout à fait différent : celui-ci est truffé d’insultes et de vulgarités. Comme l’explique Thomas Quillardet, l’ours peut exprimer ce que Girafe, elle, ne peut pas dire: il extériorise la colère et la peine qu’elle ressent à l’intérieur.

Tristesse et joie dans la vie des girafes est l’histoire d’une Europe en crise vue des yeux d’un enfant. Girafe vit cette crise intensément, et malgré la litanie de son père, « tout va bien se passer », elle perçoit parfaitement le trouble qui s’est introduit dans la vie des adultes qui l’entourent. En plus de ce tourment, elle doit aussi faire face à la mort de sa mère et vivre son deuil à sa façon.
La force de cette pièce est donc de prendre au sérieux la tristesse et la colère que peut ressentir un enfant. Elle n’essaye pas de dissimuler ou d’ignorer les difficultés que peuvent affronter les enfants, et ces derniers pourront se retrouver dans le voyage initiatique ardu de cette petite fille.

A le Grande Halle de la Villette du 29 novembre au 1er décembre, au théâtre du fil de l’eau le 6 décembre et au théâtre de Gennevilliers du 14 au 18 décembre.

Visuel: © Pierre Grosbois

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