Théâtre

Titre provisoire : les voix de nos pères.

Titre provisoire : les voix de nos pères.

05 avril 2018 | PAR Bertille Bourdon

Le metteur en scène syrien, lyonnais d’adoption, Waël Ali et la comédienne libanaise Crystèle Khodr montrent la construction d’une mémoire familiale moyen-orientale, transmise par la voix. Une histoire familiale marquée par la répétition d’un même mouvement depuis cent ans: fuir la guerre.

Par Bertille Bourdon

Ils sont cinq sur scène, pourtant il n’y a qu’une comédienne. Le metteur en scène, le régisseur, le technicien, la scénographe sont à la table de travail, pour exposer en guise de préambule la genèse de ce spectacle : un récit sur l’immigration, sur ce mouvement de fuite. Au Moyen-Orient et dans la lignée libanaise dont on retrace l’histoire, ce mouvement se répète à trois reprises dans la même famille sur trois génération.

C’est Crystèle Khodr qui fournit le matériel, bien réel, sur lequel Waël Ali a construit son spectacle. Il s’agit d’une cassette audio retrouvée chez la mère de la comédienne, quelques années plus tôt. On y entend son oncle raconter sa vie quotidienne en Suède, où il a trouvé refuge avec sa famille en 1976. Dans le déchirement de la guerre civile, les cassettes audio étaient utilisées pour envoyer des nouvelles aux proches. Elles portent une valeur documentaire énorme, sans que ceux qui les enregistraient ou ceux qui les recevaient en aient conscience : la pièce raconte aussi cette quête des cassettes, des témoignages perdus dans des greniers, des caves, au gré des déménagements….

Dans cette « lettre sonore », comme la définit Crystèle Khodr, on entend le récit d’une vie qui se reconstruit, les enfants qui récitent leurs premiers mots de suédois, l’acclimatation à cette nouvelle, mais aussi le manque du pays natal (et sa nourriture, le labné, le tahin, bien sûr).

Ainsi, le spectacle est une création sonore autour de la voix de cette cassette, et c’est son plus grand intérêt. Cet usage du son supplante largement celui de la vidéo en direct. Ce support de cassettes audio est la matière première du spectacle, et on apprécie la finesse de mise en scène de ne pas surcharger le plateau par des images d’archives. La voix, les langues, sont les protagonistes de cette pièce sans personnages : le récit se fait en arabe, langue de ceux qui ont vécu et qui racontent. Les explications, la réflexion théâtrale s’adresse aux spectateurs d’ici et maintenant, en français donc.

Le spectacle, qui a tourné à Lyon et dans le sud de la France est joué en Île de France dans le cadre du Festival Transversales au théâtre Jean Vilar de Vitry sur Seine. Un festival pour « ouvrir ! En finir avec les frontières et abattre les murs », qui mêle théâtre, danse, marionnettes…

Tout le programme ici : http://www.theatrejeanvilar.com/la-saison/festival-les-transversales/

Visuel : Théâtre Jean Vilar

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Bertille Bourdon

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