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Théâtre musical pour L’Histoire du Soldat au Théâtre 71

Théâtre musical pour L’Histoire du Soldat au Théâtre 71

19 novembre 2015 | PAR Enora Le Goff

Se laisser tenter par l’histoire de la tentation du soldat Joseph au Théatre 71, c’est entrer dans un monde féérique et poétique au charme désuet, qui suspend le temps aux lèvres maquillées des comédiens, et aux archers des musiciens.

La poésie était au rendez-vous au Théatre 71 de Malakoff pour la première de L’Histoire du Soldat. Le metteur en scène Omar Porras parvient à magnifier la musique de Stravinsky. L’orchestre de 7 musiciens placés sur le côté de la scène fait des interventions musicales à la fois douces et tonitruantes, des interventions humoristiques, jusqu’à devenir un personnage à part entière de la pièce, et faire passer la pièce du côté du théâtre musical, genre typique de la griffe du Teatro Malandro d’Omar Porras.

Omar Porras campe « le Soldat », personnage principal de l’histoire, naïf et facétieux, comédien, acteur, humoriste, poète, danseur et technicien de son propre art, qui oscille entre opérette, théâtre et commedia dell’arte. Décors, costumes, jeux de scènes et de lumières, la cohérence féérique de la mise en scène nous prend par la main pour nous emmener dans un monde coloré et dangereux. Il régalera les enfants par la poésie, l’humour et l’extravagance qui irradient des jeux de masques, de lumière et de musique ; et qui fera briller les yeux des adultes par le charme désuet et obscur du texte de Ramuz, écrit en 1917, qui miroite encore l’ambiance et les problématiques du début du XXè siècle, mis en beauté, en profondeur et en perspective par les choix scéniques. Un soldat de retour chez lui se voit accepter un étrange troc : son violon contre un livre qui prédit l’avenir. Le scénario repose sur cette question « Et vous, seriez-vous prêts à passer un pacte avec le diable ? »

La pièce s’ouvre sur un jeu d’ombres chinoises, soutenu par une gestuelle tendrement grossière et virevoltante de pantin, de Guignol, qui appuie chaque geste à l’extrême comme à la commedia dell’arte. D’ailleurs, un narrateur-danseur-commentateur-MrRoyal, éternellement suivi par le phare de la poursuite, effectue avec brio les transitions entre les scènes, ponctuées de pétards, d’interventions loufoques et musicales. Masques, faux nez, tutus, hauts de formes, souliers pointus et fanfreluches en tout genre étayent l’impressionnante écriture scénique et pyrotechnique de ce spectacle que l’on imaginerait bien sur les tréteaux d’un théâtre ambulant.

Un appréciable et agréable moment de fraicheur et de poésie qui flotte comme un bateau de papier dans un quotidien qui semble s’enliser dans la noirceur.

Salomé Vincent et Enora Le Goff.

Visuels (c) : photos du spectacle, Théâtre 71

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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