Théâtre

Tendre et cruel aux Abbesses, Martin Crimp réécrit Sophocle et éclaire le temps présent

Tendre et cruel aux Abbesses, Martin Crimp réécrit Sophocle et éclaire le temps présent

07 février 2013 | PAR Christophe Candoni

De la tragédie antique « Les Trachiniennes », Martin Crimp réalise une transposition contemporaine située à l’époque du terrorisme et des enfants soldats et signe une pièce d’une actualité frappante. Dans la mise en scène subtile et lucide de Brigitte Jaques-Wajeman, « Tendre et cruel » donne à voir de manière implacable les conséquences dommageables de la guerre et ses dégâts collatéraux politiques, intimes et humains.

C’est le metteur en scène Luc Bondy qui a suggéré à Martin Crimp d’écrire un texte dramatique à partir de la pièce de Sophocle. C’est lui-aussi qui par la suite a assuré la création de « Cruel and Tender » en 2004 au Young Vic Theater. Dans cette adaptation qui fonctionne remarquablement, Déjanire, l’épouse trompée mais inexorablement aimante d’Hercule, est devenue Amelia, assignée à résidence dans une chambre d’hôtel ou un appartement à proximité d’un aéroport tandis que le guerrier antique est un Général de retour du combat pour retrouver sa nouvelle maîtresse, la jeune africaine Laela, une prise de guerre sexuelle.

Présenté aux Abbesses en langue française et dans la mise en scène  de Brigitte Jaques-Wajeman, l’héroïne esseulée et blessée occupe le premier plan. On la découvre sous les traits d’une femme encore séduisante, une chevelure blonde à la Marilyn, déshabillée dans son lit continuellement désordonné et refait. Elle, Anne Le Guernec, fait d’une provocante autorité mêlée à une séduction habile son arme de défense pour masquer sa fragilité et son désespoir. Elle fait aussi preuve d’une force et d’une liberté poignantes en affichant sa détermination de ne pas être une victime face à ceux qui se jouent d’elles et l’affaiblissent. Lui, Pierre-Stéfan Montagnier est un guerrier ravagé, à la violence contenue qui se manifeste par une sorte de démence. Pendant la guerre, il a décimé une ville et son peuple entier pour satisfaire son désir mais se défend de s’être comporté comme un salaud et se présente comme un héros sacrifié qui a voulu « débarrasser le monde du terrorisme », « nettoyer et purifier le monde » dit-il alors que désormais la société lui demande de rendre des comptes et l’accuse de criminalité.

La direction d’acteurs, précise et intense, n’est pas toujours suffisamment féroce mais fait bien ressortir la psychologie complexe des personnages qui dérangent et émeuvent grâce à l’interprétation des comédiens convaincants car jamais univoques.

 

photo Mirco Magliocca

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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