Théâtre
« Tartuffe » à Aubervilliers : Welcome to Paradise

« Tartuffe » à Aubervilliers : Welcome to Paradise

16 mars 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Nouvelle vision de cette histoire d’imposteur, abusant un père de famille pour mieux régner dans sa maison. Le texte de Molière trouve des éclairages stimulants sous la direction de Benoît Lambert. Un spectacle tranché, mais parfois un peu trop abstrait et rapide.

[rating=3]

Tartuffe 2Dans ce Tartuffe mis en scène par Benoît Lambert, certains partis-pris étonnent tout d’abord : pourquoi l’urgence semble-t-elle régner ? Pourquoi tous, dans la famille d’Orgon, déroulent leur texte si vite ? L’apparition dudit Tartuffe, au troisième acte, va-t-elle nous éclairer ? Un indice se glisse avant : lorsqu’on le rencontre, Orgon surprend. Il contraste avec ses proches : son ton, ses postures énergiques et ses yeux indiquent qu’il a quitté la Terre, qu’il plane ailleurs. Dans les scènes où il fait des récits, Marc Berman éblouit. A l’entrée de Tartuffe, ce comportement, ainsi que le décor du spectacle, prendront tout leur sens. Incarné par Emmanuel Vérité, le personnage de Molière n’est plus tout à fait le faux dévot, vivant chez une riche famille, que tant de mises en scène nous ont peint. Ici, on peut le voir comme un être illuminé, qui croit à sa folie, de manière quasiment sincère. Ange autoproclamé, il a fait de la maison d’Orgon son paradis à lui. Et Elmire, femme de ce dernier, d’être vraiment séduite…

On comprend cette vision assez tranchée. Mais son défaut est de rendre la mise en scène binaire, à la longue. Le concret à la limite de la précipitation s’oppose ainsi à l’attitude planante, chez nos comédiens. Dorine la servante, Cléante le frère, Damis le fils, jouent un peu tous sur le même rythme. Et le caractère d’Orgon/Marc Berman vire au systématisme, après que Tartuffe soit devenu ange noir… On peut trouver enfin que les passages qui veulent amener, volontairement, de l’humour, ne fonctionnent pas tous.

TartuffeOn aime cependant que Benoît Lambert interroge le sentiment religieux : son Tartuffe, qui croit dur comme fer, est devenu un dictateur, avec garde du corps armé. Un symbole appuyé, à la fin, n’empêche pas la réflexion de passer. Les actualités récentes résonnent dans nos têtes (le spectacle a pourtant été créé, à Dijon, en novembre 2014). Et pendant un instant, une autre dimension passe sous nos yeux : les dérives du patriarcat, incarnées dans Orgon. Bref, le spectacle stimule l’intellect. Tout en demeurant accessible et joyeux.

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Les dates de Tartuffe après Aubervilliers : à Auxerre les 8 et 9 avril (scène conventionnée) ; à Dijon du 21 au 23 avril (Théâtre Dijon-Bourgogne).

Tartuffe ou l’Imposteur de Molière, mise en scène de Benoît Lambert. Avec Marc Berman (Orgon), Stéphan Castang (Madame Pernelle, sa mère), Anne Cuisenier (Elmire), Yoann Gasiorowski (Valère), Florent Gauthier (Laurent), Etienne Grebot (Cléante), Raphaël Patout (un sergent), Aurélie Reinhorn (Mariane), Camille Roy (Flipote, et l’Exempt), Martine Schambacher (Dorine), Paul Schirck (Damis), Emmanuel Vérité (Tartuffe). Décors : Florent Gauthier. Assistant à la mise en scène : Raphaël Patout. Durée : 2h10. Jusqu’au 29 mars au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers.

Visuels : © V. Arbelethd

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