Théâtre
Super Flash, focus sur l’hyper jeune création au Point Ephémère

Super Flash, focus sur l’hyper jeune création au Point Ephémère

11 février 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 16 février, dans une toute petite salle perchée du Point Ephémère, se nichent des formes de spectacles vivants hybrides et en gestation. Jeudi soir, nous avons découvert Vanilla de Olga Mouak qui pose une question essentielle : « Qu’est ce que la baise normale ? »

Brissame Bourrich, Olga Mouak, Tamara Saade et Kyoko Takenaka sont assises face à nous, en train de subir un gentil supplice SM. Il s’agit d’imaginer des trucs super cochons sans avoir le droit de se branler. Nous comprenons très vite qu’il sera question de la place qu’a la sexe dans nos vies, en fonction du lieu où on se trouve, et également de sa couleur de peau.

Vanilla, c’est un terme pas très élégant qui pointe les femmes, volontiers blanches, qui baisent de façon passives. Très vite, le mouvement apparaît, sans aucun intérêt chorégraphique. Tamara Saade est comédienne, l’enjeu n’est pas l’écriture du geste mais sa symbolique. Elle exulte, enfin.

La pièce, plutôt théâtrale et finalement de forme classique, va tenter de réhabiliter le désir, les premiers émois. Il s’agit d’autoriser ces jeunes femmes, hétérosexuelles, à s’approprier leurs envies, et leurs limites. Les histoires, toutes teintées de stéréotypes culturels et racistes, sont inspirées de faits réels. « Vanilla », « Geisha », « Beurette » sont autant de poncifs devenus des catégories de sites pornos. 

Dans un discours qui s’inscrit dans le mouvement de libération de la parole sur le consentement, opéré par #Metoo et le best seller de Vanessa Springora, les quatre artistes viennent avaler les concepts actuels et se les approprier. 

La pièce vaut par son militantisme féministe. Le sujet est clairement dans l’air du temps, les amazones de Marinette Dozeville l’ont prouvé à Faits d’Hiver la semaine dernière. Mais il est rarement porté, sur les plateaux, par des hétérosexuelles. La revendication est souvent queer, et depuis longtemps. En cela le travail de Olga Mouak est neuf. 

Il y a un film qui nous fait rouler au Liban, pendant que l’une d’elle raconte son premier besoin irrépressible de jouissance, adolescente, à la vue du viril réparateur de vélo. La scène est parfaite, la voix, le rythme, et l’érotisme, intact. 

Vanilla doit se voir comme l’opportunité de suivre le travail d’Olga Mouak. A noter qu’elle est déjà accompagnée par Structure, la maison de production de Pascal Rambert. Son écriture est déjà percutante, et cela ne devrait pas s’arrêter là. A suivre donc.

A suivre également, la suite du festival, avec notamment la démence vocale de Simon Tanguy pour Inging les 11 et 12 ou encore cette collaboration avec le label Danse Dense les 15 et 16, La reverde de Pauline Bigot et Steven Hervouet. 

Informations pratiques ici.

Visuel : ©Charlotte Gaubert

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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