Théâtre
Une subtile adaptation d’Oblomov à la Comédie-Française

Une subtile adaptation d’Oblomov à la Comédie-Française

13 mai 2013 | PAR Christophe Candoni

Au théâtre du Vieux-Colombier, Volodia Serre signe une mise en scène spirituelle et onirique du célèbre roman d’Ivan Alexandrovitch Gontcharov. Il trouve en Guillaume Gallienne un interprète sensible et fragile du héros mythique de la littérature russe du XIXe siècle.

A la recherche éperdue d’une tranquillité qui l’ostracise, Oblomov est un homme pris dans une profonde crise existentielle, un personnage typiquement russe et en même temps universel. Mélancolique maladif, incapable d’agir, de vivre, de saisir le bonheur, trop paralysé par la paresse et la peur, il est un véritable cas d’étude, si bien que son patronyme devenu néologisme sert à dépeindre son état complexe et si caractéristique entre oisiveté, dépression et apathie, c’est l’oblomovisme.

Oblomov passe ses journées en robe de chambre, couché sur sa méridienne rouge, il ne sort jamais de chez lui. Son existence se résume à l’écoute en boucle du même air d’opéra, le Casta Diva de Bellini,  et à mener un enfer à son bon vieux domestique Zakhar (Yves Gasc) une victime idéale et consentante qu’il exaspère en l’appelant intempestivement. Quand sa vie s’ouvre comme en sursaut à la rencontre amoureuse avec la belle Olga (émouvante Marie-Sophie Ferdane), il prend ses distances et renonce à l’aimer.

Volodia Serre qui développe une affinité particulière avec les auteurs russes (Erdman, Tchekhov), adapte et monte le roman réaliste russe comme un rêve éveillé. L’espace est mouvant, les murs bougent et s’ouvrent sur un extérieur aussi apaisant que stérile, les fantômes apparaissent par la fenêtre. Le metteur en scène cherche à montrer l’intériorité subjective du personnage éponyme. Des vidéos projetées sur les murs du décor, beau dans son dépouillement, sont autant de souvenirs, de visions, d’images d’enfance, d’un ailleurs, d’un passé prégnant et envahissant qui surgissent.

Ce travail, très simple et attentif au discours, s’appuie sur la grande justesse des comédiens du Français. Guillaume Gallienne est un Oblomov complet et contrasté, tour à tour aristocratique, pensif, menteur, narcissique, nonchalant, cafardeux, enfantin, colérique par accès, mais aussi doux et timide, rêveur, méchant parfois, vraiment touchant, poussé dans ses retranchements par son ami d’enfance qui est  son exact opposé, un homme vif, passionné, un grand voyageur, toujours en action. Jouant parfaitement de la mondanité facile du personnage de Stolz, de son côté flambeur comme de son écoute fidèle et bienveillante, Sébastien Pouderoux en offre une interprétation irrésistiblement pêchue.

Devant tant de qualités, le sentiment d’un léger ennui peut poindre par moments. En cause l’absence de rythme et l’excessive longueur du spectacle particulièrement étale mais parcouru de si jolies couleurs et tout en nuances, il force quand même l’admiration.

Le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h, dimanche à 16h, relâche lundi. horaire exceptionnel le samedi 8 juin à 16h.

Photo : Brigitte Enguérand.

Infos pratiques

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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