Théâtre

Standard idéal à la MC93: Un démarrage bien tempéré avec David Marton

05 février 2012 | PAR Christophe Candoni

Le Standard idéal s’est ouvert le week-end dernier. Le festival est toujours un moment phare de la saison de la MC93 pour son ambitieuse programmation et la découverte d’artistes majeurs. On ne découvre plus David Marton et Calixto Bieito, bien qu’ils soient peu ou pas présents à tord sur les scènes parisiennes. Le premier s’est révélé au public français à Bobigny où il a présenté pas moins de quatre spectacles en un an si on compte sa dernière création « Le Clavier bien tempéré ». Le deuxième s’est taillé la réputation d’un sulfureux provocateur sur les scènes lyriques partout en Europe, il donnait trois représentation de « Desaparecer ». Ces deux spectacles, placés sous le signe de la catastrophe, de l’attirance vers l’abîme, ne tiennent pas toutes leurs promesses mais suscitent un vif intérêt.

David Marton a donc ouvert le bal avec sa dernière création coproduite avec la Schaubühne et a légèrement déçu. Monter une pièce de théâtre à partir du Clavier bien tempéré de Bach relève du défi. Cette pièce musicale fondatrice car liée à son parcours et à ses années de formation comme musicien et pianiste est le point de départ d’un projet en manque d’un matériau textuel bien nécessaire. C’est pourquoi le metteur en scène ajoute une adaptation théâtrale d’un roman inconnu « La Mélancolie de la résistance » de Laslo Krasznahorkai. La construction tient le coup mais on ne saisit pas exactement ce qu’il veut raconter.

Ce dernier spectacle se rapproche davantage de Harmonia cælestis que des récurrentes adaptations d’opéras auxquelles se livre Marton avec bonheur. D’abord par son espace scénique, très beau, qui lui ressemble, large et fragmenté (celui-ci figure une grande maison bourgeoise qui recèle d’instruments de musique) ; puis par son thème principal : la fin d’un temps, d’un ordre qui décline, l’écroulement d’un monde et de ses traditions caduques et l’espoir d’un renouveau alors que la dictature vient envahir la ville sous l’apparence métaphorique d’un grand cirque. Seulement, cet avènement se fait attendre. Les personnages présentés dans un cadre douillet et confortable demeurent inactifs, dans la déploration, prostrés dans des fauteuils ou couchés au lit. On ne retrouve pas la fulgurance, pas non plus le sens de l’humour, le décalage et l’ironie qui nous avaient tant plût précédemment chez l’artiste. Ils sont dilués dans un spectacle trop long qui manque de rythme et d’énergie. En revanche sa manière de revisiter la pièce de Bach est d’une inventivité stimulante et ludique qui séduit tout comme ses interprètes, toujours aussi précis et investis.

La pièce reprend d’ailleurs du 9 au 13 février à la MC93 avant sa première berlinoise chez Ostermeier.

 

Scène, texte et musique se mêlent également dans la pièce que met en scène Calixto Bieito au même moment à la MC93. Il s’agit d’une adaptation de deux textes d’Edgar Allan Poe : l’histoire du Chat noir où il est question d’un homme qui a tué sa femme et l’a emmurée dans la cave et celle du Corbeau, poème dans lequel un homme pleure Lenore, sa bien-aimée décédée. La puissance plastique de la scénographie, splendide, et son atmosphère irréelle frappent par sa parfaite adéquation avec l’écriture mystérieuse du novelliste américain. Salle et scène sont comme ensevelies dans une brume épaisse et légère. De cette fumée blanche apparaissent et s’effacent un piano noir et la silhouette pétrifiée de Juan Echanove, acteur puissant que l’on craint trop dans le non-jeu au départ mais qui finit par développer une palette plus riche dans la deuxième partie. Il compose un homme aussi fou que pathétique. A ses côtés, la pianiste et chanteuse Maika Makovski interprète de magnifiques compositions écrites pour le spectacle, aux tonalités rock et trouble. Sa présence évanescente figure peut-être le fantôme de la morte qui envahit l’esprit du locuteur. De ces deux présences ne naît curieusement pas un dialogue, chacun alternant son intervention l’un après l’autre sans un véritable échange. C’est un peu dommage. Ce spectacle est sur le plan esthétique une surprise pour qui connaît le travail de Bieito qui a habitué à des mises en scène où la matérialité tenait beaucoup plus de place. Plus abstrait et monochrome que ses autres réalisations, il s’en dégage trop peu d’émotion.

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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