Théâtre

« Sonata Widm », un cauchemar augmenté offert par Markus Öhrn

« Sonata Widm », un cauchemar augmenté offert par Markus Öhrn

20 janvier 2018 | PAR Simon Gerard

Créé il y a tout juste un an par Markus Öhrn au Nowy Teatr de Varsovie, Sonata Widm est un joli petit cauchemar punk. De la musique à l’usage de la caméra en passant par les incroyables masques dont sont affublés les acteurs tout au long de la représentation, cette version trash et joyeusement anti-bourgeoise de La Sonate des Spectres de Strindberg a tout pour marquer les esprits.

 

Le dispositif scénique proposé dans Sonata Widm est un fragile maelstrom de matériaux et de médias. Des installations bricolées parsèment le plateau quadrifrontal  : on y trouve — entre autres — une fontaine un peu glauque, un jardin étrangement luxuriant, une harpe faite de métal rouillé et d’os ensanglantés. Au centre, quatre piliers de métal soutiennent quatre écrans qui projetteront en direct les images captées par un caméraman déguisé en Grande Faucheuse. Des néons rouges et de la fumée épaisse enrobent l’espace d’une atmosphère peu rassurante — que l’ambiance sonore, à mi-chemin entre la musique baroque et le garage punk, achève de mettre en place. C’est grimé en fantôme que Markus Öhrn nous accueille dans son monde scénique : à ce moment de la représentation, on ne sait pas vraiment si l’on doit être amusé ou apeuré.

Pendant un peu plus d’une heure, l’arrière-scène de la grande salle des Amandiers devient le lieu d’un épanchement : celui du cauchemar dans la vie réelle. La porte du théâtre s’ouvre sur un monde immonde, d’où s’échappe une myriade d’êtres boursouflés et livides, dégoutants et lubriques, nasillards et gênants. Cette poignée de têtes rondes incarne et catalyse les tares et les vices d’un entre-soi bourgeois au rites étouffants et aux moeurs paradoxales. La Sonate des spectres a tout l’air d’un cauchemar éveillé, avec son lot de symboles organiques, de gestes irréels, d’agissements étranges, de sexe, de violence et d’errances.

Au delà de la dimension magnifiquement grotesque qu’ils confèrent aux comédiens, les énormes masques ronds conçus pour la Sonate des spectres sont à la fois causés et causants d’une forme spécifique d’esthétique théâtrale, que l’on pourrait qualifier de « contraignante ». Les accessoires, les décors, les images, tout, absolument tout ce qui se trouve sur la scène enfumée semble tenir en équilibre sur le fil fragile d’une intrigue-prétexte évacuée dès le prologue. En composant avec ces contraintes auto-imposées, la troupe du Nowy Teatr adopte des mouvements lents et exploratoires d’une beauté inattendue. Le tâtonnement des mains, très souvent capté par le caméraman, dit tout de l’ambiguïté géniale de Sonata Widm :  Markus Öhrn met en scène une pièce spectaculaire mais fragile, contemporaine mais punk, onirique mais consciente.

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Simon Gerard

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