Théâtre

Something Wilde, Lolita Chammah joue Salomé

27 octobre 2010 | PAR Christophe Candoni

Le Théâtre Artistic Athévains accueille l’équipe du centre dramatique La Comédie de Genève pour une adaptation de la Salomé d’Oscar Wilde. Anne Bisang, la directrice du centre dramatique suisse met en scène le spectacle et dirige dans le rôle titre Lolita Chammah. Le public a découvert la jeune actrice au côté de sa mère, Isabelle Huppert, dans le film Copacabana.

Si Salomé hante l’art en général, en peinture (Titien, Caravage) en littérature (Flaubert, Mallarmé, Apollinaire) et à l’opéra avec le compositeur Richard Strauss, c’est parce qu’elle est un personnage mythique, à la fois biblique et subversif, une femme sulfureuse et insaisissable, éprise d’amour et de liberté, qui demande l’exécution de Iokanaan, l’homme qu’elle désire, car celui-ci n’a pas succombé à ses charmes. Elle parvient à ses fins en dansant pour Hérode qui lui promet en échange tout ce qu’elle veut. Elle demande alors la tête de l’homme sur un plateau d’argent.

Oscar Wilde représente un destin brûlant, fulgurant dans une forme courte, en un acte. Sur le plateau, la mise en scène d’Anne Bisang paraît inaboutie. L’exemple le plus frappant est la fameuse danse des sept voiles sur laquelle la panne d’idée est flagrante. L’actrice jouant le rôle éponyme apparaît derrière un rideau de chaînes métalliques, susurre une chansonnette dans un micro l’air plutôt mal assuré et sans aucune sensualité.

Sous l’étrange pleine lune aux contours bleus qui sert aussi d’écran vidéo, Salomé/Lolita s’invente starlette de cinéma en noir et blanc, rêve sa vie, refait son destin. Lolita Chammah, en brune puis en blonde, dans une tenue noir sexy, joue avec dualité et mystère la figure iconique de Salomé. Elle est à la fois la chipie autoritaire et effrontée et la jeune fille humiliée. Pourtant, il manque à son jeu l’incandescence, la hauteur, la folie. D’une manière générale, les interprètes ne convainquent pas. Les prédictions du prophète en off sonnent faux et lorsque Julien Mages paraît en scène, sans véritable présence, il n’est pas crédible, très loin de l’homme magnétique alors que Salomé est amoureuse de son corps et qu’elle veut « baiser sa bouche ». Il n’est pas aidé par les costumes qui d’une manière générale sont trop neutres, apparemment inspirés du cabaret. L’épicurien Hérode et sa femme Hérodias interprétés par Georges Bigot et Vanessa Larré ne manquent pas d’éclat, apportent un peu d’humour à la représentation qui demeure un traitement bien léger de la pièce.

Something Wilde, jusqu’au 14 novembre. Au Théâtre Artistic Athévains, 45 rue Richard Lenoir (11 arr.) M° Voltaire. 01 43 56 38 32

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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