Théâtre

Scelus (rendre beau) du Collectif Denisyak, une décapante création au TNBA

Scelus (rendre beau) du Collectif Denisyak, une décapante création au TNBA

12 octobre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine de Catherine Marnas, Solenn Denis et Erwan Daouphars créent une tragédie grecque intense passionnante mais terrifiante. Une marquante rareté. 

Dans une quasi obscurité un homme se présente à nous, volontaire et nerveux. Il confectionne une corde de pendu. Pour lui certainement. Au tableau suivant, un corps tombe du ciel, l’homme s’est pendu? Est-il mort? Rêve-t-il ou plutôt cauchemarde-t-il ? La pièce débute ainsi servie par la présence magnétique de Erwan Daouphars repéré dans Sandre, étonnant dans Stockholm. De son corps inerte, allongé au sol, sort une créature inquiétante, Philippe Gruppo, performeur en situation d’handicap. La créature sera le chroryfée de cette tragédie grecque, choeur non chargé de faire avancer l’intrigue mais de nous accompagner dans une verbalisation poétique de cette même intrigue; il restera assis sur le plateau en régisseur sons musique et effet spéciaux. 

Le texte est magnifique, entre vers et prose. Il est intense et poétique. L’univers rappelle celui de Victor Hugo. L’ensemble de la scénographie est unique. Nous sommes dans un noir intense; le jeu des lumières et des draps noirs tombant des cintres inventent une ambiance au bord de l’hallucination. On pense au talent de  Pommerat. Nos rétines et nos psychés sont imprimées pour longtemps.

Le suicidé vivra (rêvera?) durant presque deux heures une aventure symbolique, une longue pérégrination dans sa bio et ses mythes familiaux. Tour à tour, il nous agacera, nous scandalisera et nous émouvra. Sa soeur (lumineuse Julie Teuf) sa mère et son père (admirable et polymorphe Philippe Bérodot) viendront lui prêter main forte dans cette traversée du fantasme. 

Chaque famille se construit sur une fiction et il advient que certains de ses membres doivent pour se construire et se constituer affronter les non-dits et accuser le choc d’un retour du refoulé, quitte à en alimenter un cauchemar à la limite du supportable. La pièce raconte cela. Solenn Denis explore l’énigme de la filiation autour d’un secret de famille que nous ne révélerons pas ici. Survolté par les non-dits qui réclament leur dû, leur dévoilement, Atoll, le fils réclame la vérité de son père de sa mère, de sa soeur. Il sollicite aussi beaucoup le public transformé en un psychanalyste enfoncé dans son fauteuil, un spectateur sans cesse percuté, parfois appelé au secours et à qui l’on intime l’ordre de recevoir ce témoignage sans juger. 

Le moment est intense. Le geste théâtral est puissant. La performance d’Erwan Daouphars et l’exceptionnelle beauté de la scénographie nous aident à traverser une épreuve qui ne nous laisse pas indemnes. Le public applaudit et quitte la salle groggy. Une fois encore le bizarre et le fracassant du  Collectif Denisyak nous aura percutés. A découvrir. 

 

 

Scelus (rendre beau)

Texte : Solenn Denis
Mise en scène : Le Denisyak
Distribution : Julie Teuf, Philippe Bérodot, Erwan Daouphars et Nicolas Gruppo

Dates et horaires :
Du 9 au 19 octobre au TnBA, Centre Dramatique National de Bordeaux en Aquitaine
Les 17 et 18 décembre à La Passerelle, scène nationale de Saint-Brieuc
Les 25 et 26 mars au Théâtre des Îlets, CDN de Montluçon
En Avril 2020, au Festival Mythos, Rennes

Durée : 
1h45

Crédit Photos ©-Pierre-Planchenault / affiche

Infos pratiques

Compagnie Les Marches de l’été
Le Vent des signes
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