Théâtre
« Saisir » : Yann Collette dans les lignes torturées d’Henri Michaux

« Saisir » : Yann Collette dans les lignes torturées d’Henri Michaux

17 février 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Donner à voir le poète que fut Henri Michaux, cela n’est pas une mince affaire. La metteuse en scène Sarah Oppeheim se frotte à l’exercice en portant au plateau Saisir, qui se voit comme un film muet. Une plongée dadaïste des plus convaincantes à voir  dans le cadre de la programmation hors les murs de la MC93 Colombier jusqu’au 22 février.

Dans un presque noir, d’un côté Yann Collette se tient droit, les mains gantées de noir derrière son pupitre. De l’autre côté, le violoncelliste  Benjamin Havas est dans la même attente. Le texte viendra et les premiers mots du poème « Mouvement » (1951) :
Contre les alvéoles
contre la colle
contre la colle les uns les autres
contre le doux les uns les autres

Cactus ! (…)

nous entrons dans la danse des mots surréalistes de celui qui les a tous côtoyés : Claude Cahun ou Brassaï. Bientôt, les cordes se cisailleront et nous verrons s’ouvrir devant nous un espace voilé occupé par la comédienne Fany Mary. Elles devra faire face au trait brut, symbolisé par une corde qui ne cesse de se dérouler pour arriver à la création des oeuvres picturales de Michaux. L’année de sa mort, en 1984, il publie Par des traits. Et le trait ici est tout : ce qui se transformera en mots, ce qui deviendra abstraction puis figuration, le tout dans une lutte intestine qui tend à la folie.

Au commencement le spectacle prend les allure d’une raide lecture où on se sent perdus, puis, le noir devient lumineux et les gestes de Fany Mary quittent la facilité pour apporter la dose d’angoisse nécessaire à toute pulsion créatrice. Elle se mouille au sens premier du terme et fait de son corps le pinceaux qui dira la forme. Alors, on accède à l’expérience, la douce voix de Collette opère et malheureusement pour lui et pour Benjamin Havas, leurs présences deviennent la bande son d’un dolby stereo séparé en deux.
L’image devient hypnotique et la sensation d’une plongée dans l’inconscient qui produit du contenu est totale.

Du 16 au 22 février au Théâtre le Colombier, 20 Rue Marie Anne Colombier, 93170 Bagnolet

20h30-Durée 1H
01 43 60 72 81

Photos

© Alain Richard

© Victor Tonelli/ArtComArt

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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