Théâtre

Robyn Orlin fait danser « Les bonnes » au Festival d’Automne

Robyn Orlin fait danser « Les bonnes » au Festival d’Automne

06 novembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Théâtre de la Bastille, dans le cadre du Festival d’Automne, la chorégraphe sud-africaine, aujourd’hui européenne, s’attaque au chef d’oeuvre de Jean Genet, dans un geste qui prime sur les mots. 

Avant d’être un théâtre, la Bastille était un cinéma, et pour cette version de ce jeu de rôle qui vire à la folie, il retrouve ses origines. Un grand écran projette The Maids de Christophe Miles. L’image est 100% Nouvelle Vague, une voiture roule sous la pluie dans Paris et un homme, bourgeois, sera arrêté… Arnaud Sallé mixe en direct une bande son techno qui fait merveilleusement bien monter la tension. Il était évident qu’Orlin allait bousculer « Les Bonnes », elle qui bouscule toujours tout. Déjà en 2012, elle avait travaillé avec sept interprètes de la célèbre compagnie sud-africaine Moving Into Dance Mophatong, une institution, créée par Sylvia Glasser sous le règne de l’Apartheid, à la fin des années 1970. Une compagnie résolument attachée à la perpétuation et à la défense des croyances et des traits culturels autochtones face à la domination de la culture blanche.

Alors, ici, les bonnes et madame sont tous des hommes. Les bonnes (Arnold Mensah et Maxime Tshibangu) sont noirs, et madame (Andréas Goupil) est blanc. Vous connaissez l’histoire inspirée de l’histoire des sœurs Papin. Deux sœurs domestiques veulent tuer leur maîtresse. Pourquoi ? Pour tout et particulièrement à cause du carcan, de l’ascendance, du mépris, « Madame est bonne » disent … les bonnes. Mais Madame est généreuse, elle donne des affaires à ses bonnes, même LA robe rouge…Cela ne répare rien. Les deux sœurs qui rêvent de liberté ne veulent qu’une chose : la tuer, la tuer comme si sa mort allait les affranchir. 

Peuvent-elle jouer dans la cour des bourgeois ? Elles vont essayer, quitte à tout perdre. Le jeu de rôle, la machination et l’impossible inversion des hiérarchies sociales sont ici portées avec le corps. C’est ce que Orlin sait faire de mieux, la danse prend la pose, elle déborde, devient performance et s’empare du public. L’image devient superbe quand Maxime Tshibangu est possédé, et multiplié, justement… dans La robe rouge. Les corps s’incrustent dans l’écran, n’en disons pas plus, mais l’utilisation live de la vidéo apporte un délicieux côté télénovela au propos.

Orlin donne à ce texte génial écrit en 1947, que Chabrol a adapté de façon mémorable en 1995 sous le titre La Cérémonie, un gout d’apartheid et une corpulence chorégraphique. Et même si la direction d’acteur n’est pas à la hauteur de la forme et de l’image, cette version des Bonnes sonne terriblement juste en 2019.

Prenez date, le 9 novembre à 16h, et en entrée libre, vous pouvez venir lire à voix haute vos textes préférés de Genet, au Théâtre de la Bastille bien sûr !

Egalement, à voir, au Théo Théâtre, la version des Bonnes par La Compagnie Les Fruits Défendus, au Théo Théâtre du 1er au 22 décembre les dimanches à 18h30. ( Voir notre article).

Visuel : Les Bonnes, Robyn Orlin © Jérôme Séron

 

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