Théâtre
Retour sur les Nuits Théâtrales franco-roumaines

Retour sur les Nuits Théâtrales franco-roumaines

19 octobre 2011 | PAR Emma Letellier

Les Nuits théâtrales au Palais de Béhague se sont closes il y a quelques jours avec une dernière représentation du formidable Je déclare sur l’honneur (voir notre article). Pendant une semaine, l’Institut Culturel Roumain a présenté à un public fidèle et nombreux une série de six spectacles témoignant de l’effervescence de la scène bucarestoise, d’une part, et des liens artistiques qui unissent la Roumanie et la France, d’autre part.

Quatre compagnies venues de Bucarest pour l’occasion ont pu révéler leurs travaux aussi divers que talentueux. Chacune à sa manière étudie les contours d’une société en pleine mutation. Plus de vingt ans après la révolution roumaine, les nouvelles générations soufflent un vent de fraicheur sur la création artistique, cherchant à construire un avenir dépoussiéré des vieux tabous et résolument tourné vers l’Europe.

Au premier chef de cette poussée vers l’avant : le spectacle Furtuna, adapté du monument shakespearien, The Tempest. Le metteur en scène Victor Ioan Frunza en propose une réécriture éminemment libertaire. Transposé dans une langue moderne, où la fantaisie  shakespearienne sort affranchie du carcan de la traduction littérale, le texte fait magnifiquement résonner l’esprit contestataire de la pièce. Quatre comédiens occupent à eux seuls le terrain d’action, établi pour vingt dans la version anglaise, avec un talent et une précision inouïs. Sorin Miron, Ioana Barbu, George Costin et Alexandru Ion mènent de front, une heure et demie durant, un jeu d’une très grande intensité. Sorin Miron, plus spécialement, incarne un extraordinaire Caliban. La candeur maligne qu’il lui attribue le rend particulièrement émouvant. Le monstre se révèle une incarnation aux allures hugoliennes de la servitude involontaire. Produite par le Centre Culturel Nicolae Balcescu , sous l’égide de l’UNESCO, Furtuna inspire une bourrasque effrénée: les scènes savamment réorganisées s’enchaînent sur un plateau à la fois minimaliste et détaillé dessiné par Adriana Grand. Le théâtre contemporain roumain s’engouffre ici dans une cérémonie à vocation cathartique : les vieux démons sont exhumés autour d’un véritable feu et définitivement exécutés dans la magie de jeux de scènes bouffons où l’invisible reprend vie, les vengeances sont assouvies et la réconciliation des frères ennemis entérinée.

Avec 9 Degrés à Paris, Peter Kerek met en scène l’actrice Alina Berzunteanu dans le moment décisif où une femme s’apprête à quitter mari et enfant pour rejoindre son amant à Paris. Avérée, cette histoire traduit le trouble du départ et la tentation de l’émigration. L’ailleurs parisien apparaît comme un rêve dont la portée illusoire s’éclaire par intermittence.

La compagnie franco-roumaine 28 quant à elle, s’empare de la frénésie informatique ambiante pour prévenir certains dangers tout en tentant de désamorcer un discours alarmiste. Portés par le texte de Gianina Carbunariu, les sept comédiens de Avant-hier. Après-demain (Nouvelles du futur), proposent une série de sketchs qui dessine une société à venir dans laquelle on regrette celle d’aujourd’hui. Les sacs en plastic avaient du bon somme toute, les smartphones n’étaient pas si performants et la vieillesse n’était pas si tardive. Postés sur des sièges, et dans un jeu aussi divers qu’enlevé, les acteurs n’ont plus que leur tête et leur gadget pour tenir à distance la tentation d’une législation outrancière et d’une sécurisation excessive.

Ainsi donc, l’Institut Culturel Roumain aura offert une nouvelle saison de ses Nuits à un public curieux de l’actualité artistique contemporaine et des liens que France et Roumanie peuvent continuer de tisser sur scène. Six spectacles auront été à l’affiche: La Tempête, 9 degrés à Paris, Je déclare sur l’honneur ( voir ici notre critique), Jeux dans la cour arrière ( voir ici notre critique), Mode d’emploi (voir ici notre critique) et Avant-hier. Après-demain (Nouvelles du futur).

 

Crédit photographique : Adriana Grand

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One thought on “Retour sur les Nuits Théâtrales franco-roumaines”

Commentaire(s)

  • Dubich

    Bonjour,

    Nous sommes français, nous souhaitons développer notre nouveau concept économique en Roumanie, pouvez vous nous mettre en contact avec des pôles emplois ou des commerciaux franco-roumains.
    Bien cordialement.

    S. DUBICH
    [email protected]

    octobre 21, 2011 at 14 h 25 min

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