Théâtre

« Répétition » : forêt de mots puissante mais trop vaste, pleine d’humanités à juger

« Répétition » : forêt de mots puissante mais trop vaste, pleine d’humanités à juger

06 janvier 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Mission : faire jaillir quatre hurlements. Dans cette nouvelle œuvre de Pascal Rambert, quatre interprètes célèbres, rompus aux textes difficiles, s’affrontent. Livrant chacun, à tour de rôle, une immense tirade. Un peu trop long et aride, mais aussi rempli de talent et émaillé de vertiges, Répétition vaut pour les forces qu’il met en présence. Qui peuvent nous faire toucher du doigt autant la puissance d’une incarnation, que la vérité des sentiments humains.

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Ce soir, au Théâtre de Gennevilliers, préparez-vous à du statisme et à du non-figuratif. Dans Répétition, nouveau spectacle de Pascal Rambert, créé en décembre 2014, il ne se passe rien d’extraordinaire. Et c’est peut-être tant mieux. La situation ? Un collectif artistique répète une pièce dans un gymnase. Point de départ bien actuel, et bien ouvert. L’une des deux comédiennes, Audrey (Audrey Bonnet), surprend tout à coup un échange de regard entre Emma (Emmanuelle Béart), sa partenaire, et Denis (Denis Podalydès), l’auteur de la pièce. Elle commence à parler, dévoilant sa colère. Et des souvenirs, des sentiments cachés, avec une part d’invention, peut-être. Elle n’aura fini que trente minutes plus tard. Emma prendra le relai, pour la même durée…

Pascal Rambert est connu pour avoir écrit et mis en scène, en 2011, Clôture de l’amour, grand succès de la scène théâtrale contemporaine. Ici, il poursuit sa recherche. Ses partis-pris aboutissent à la formation de quatre tirades d’une demi-heure chacune. Mêlant anecdotes inventées, vérité des interprètes, politique, réflexions sur le spectacle vivant, redondances… Une vraie matière, à la fois physique et textuelle, qui s’agite sur la scène durant deux heures vingt. Contenant le « bouillonnement contradictoire » de la vie, « qui nous dépasse ». Mais qui dit matière vivante dit accrocs, intérêt variable, baisses d’attention… On n’assiste pas à une mécanique rôdée, mais à de l’expérimentation. Comment prendre part à l’action ?

En laissant son oreille entrer dans le combat. En refusant certaines voix, certains timbres, et en se faisant happer par d’autres. En décembre, on a pu trouver, par exemple, Emmanuelle Béart excellente, dans sa manière de s’emparer avec simplicité de l’écriture de Pascal Rambert. Son interprétation nous emmenait, sans en donner l’air, vers un vertige saisissant : lorsqu’elle évoquait tout à coup les questions sexuelles, courantes chez notre dramaturge, les mots sonnaient dans tout leur décalage. On a pu également être pris par le discours de « messager », autant verbal que physique, de Stanislas Nordey, résistant à l’avenir de tous ses muscles bandés. Surtout, on s’est laissé glisser dans l’écriture rambertienne, à la fois cruelle, intellectuelle et sensible. Ecriture qui veut nous permettre de nous écouter nous-mêmes hurler, et en même temps s’interroger sur l’effondrement des utopies de la fin du XXème siècle. Las, elle se présente à nous sous une forme un peu trop volumineuse… Et elle perd. Volontairement ? A chacun de juger. De trouver sa nourriture dans ce festin de la langue, pas évident d’accès, mais qui donnera à ceux qui oseront plonger des satisfactions.

Répétition, un spectacle de Pascal Rambert. Avec Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet, Stanislas Nordey, Denis Podalydès, et à la danse, Claire Zeller. Scénographie : Daniel Jeanneteau. Lumières : Yves Godin. Costumes : Raoul Fernandez et Pascal Rambert. Musique : Alexandre Meyer. Assistant à la mise en scène : Thomas Bouvet. Durée : 2h20.

Après Gennevilliers, Répétition sera visible : à Lyon du 22 janvier au 1er février (Les Célestins). Et la saison suivante : à Lausanne du 1er au 9 octobre 2015 (Théâtre Vidy-Lausanne) ; à Poitiers du 13 au 15 octobre (TAP) ; à Modène (Italie) les 17 et 18 octobre (VIE Festival) ; à Strasbourg du 20 octobre au 7 novembre (TNS) ; à Clermont-Ferrand du 13 au 15 novembre (Comédie de Clermont-Ferrand) ; à Paris du 18 au 27 novembre (Théâtre de Chaillot) ; à Orléans du 3 au 5 décembre (CDN) ; à Châteauvallon du 9 au 12 décembre (CNCDC) ; à Valenciennes du 16 au 18 décembre (Le Phénix).

Visuel : (copyright) Marc Domage

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