Théâtre

Festival RéciDives: les Scopitone font le grand show!

Festival RéciDives: les Scopitone font le grand show!

13 juillet 2019 | PAR Mathieu Dochtermann

Dans les invités de la 34e édition du festival RéciDives, les bretons de la Scopitone cie ont sorti le grand jeu, avec pas moins de trois spectacles: Cendrillon, Blanche-Neige, et surtout Le vilain p’tit canard qui rencontre pour la première fois son public! Dans leurs petits castelets installés sur les trottoirs et dans les parcs de Dives-sur-Mer, les Scopitones ont manié leur humour ravageur et leur inventivité débridée, pour la plus grande joie des spectateurs de tous les âges. Un théâtre d’objet sur fond de vieux contes enregistrés, avec un rapport très immédiat au public, qui sont les marques de fabrique de la maison. On en redemande !

Un univers bien à eux

Les Scopitones, c’est une démarche artistique et un état d’esprit.

La démarche, c’est de partir de vieux enregistrements sur vinyle, à la fois chansons et et contes enregistrés, pour construire autour un spectacle de théâtre d’objets. C’est concevoir un castelet à poser dans l’espace public, toujours dans la même esthétique qui fait penser à un poste de radio ou à un téléviseur à l’ancienne. C’est choisir un univers où piocher les objets, qui puisse faire écho au conte choisi, et exploiter à fond les possibilités de détournement offertes. C’est toujours commencer par une routine de théâtre de rue, hors du castelet, proposer un entracte au milieu du conte, finir aussi hors du castelet.

Sur ces bases, l’état d’esprit est de s’amuser, le plus possible, et de tendre la main aux publics, toujours. De multiplier les gags visuels, de jouer sur les niveaux de lecture, de toujours mettre le manipulateur ou la manipulatrice en jeu, de commenter aussi par quelques mimiques diablement expressives les côtés surannés de l’histoire telle qu’elle a été enregistrée. Bref, de faire feu de tout bois, avec intelligence, pour amener le jeu et le plaisir partout où les castelets se plantent dans les rues.

Cendrillon dépoussiéré

Cendrillon est l’un des spectacles les plus connus de la compagnie, non sans raison.

Pour ce conte, les objets ont tout naturellement été empruntés à l’univers du ménage. Les clins d’oeils et astuces ne manquent pas, tel le personnage de Cendrillon, campé par une éponge, dont on s’amuse à suivre les évolutions à mesure des métamorphoses accordées par la marraine fée, représentée par métonymie par sa baguette magique qui n’est autre qu’une brosse à WC particulièrement pailletée. On salue particulièrement l’objet choisi pour le prince, et les multiples lectures qu’il autorise.

La comédienne-manipulatrice, costumée en soubrette, n’hésite pas à épousseter le public, ni à tenter d’amener les passants à s’installer sur les gradins pour assister au spectacle. Le spectacle est bien rôdé, avec un très beau rythme, et une manipulation bien calée qui rend les signes employés très identifiables. L’expressivité d’Emma Lloyd et son écoute des réactions du public sont assez extraordinaires, et elle établit très facilement un rapport très solide avec les spectateurs.

L’ensemble fonctionne très efficacement, pour un plaisir régressif mêlé d’admiration pour l’inventivité de l’écriture visuelle.

Blanche Neige rock’n’roll

Blanche Neige s’empare d’une histoire un peu mièvre, et lourde en clichés sexistes, pour en faire un moment de spectacle bien déjanté.

L’univers est ici celui des chaussures : petites chaussures d’enfants pour les sept nains, ou bottines à talons aiguilles très fetish pour la cruelle Reine. Blanche Neige elle-même est représentée par une basket, dotée des augmentations les plus modernes. Ici aussi, l’inventivité visuelle et les trouvailles humoristiques diverses sont au rendez-vous.

Le comédien-manipulateur, Juan Pino, mérite une mention toute spéciale pour son personnage de chausseur très rockabilly mais très classe, impeccablement gominé, et surtout capable des grimaces les plus incroyables et du cabotinage le plus tordant.

Le rythme est enlevé, la manipulation fluide, et les expressions du visage de l’interprète offrent en continu un troisième récit en superposition avec la bande enregistrée et les objets manipulés. La routine d’avant-spectacle et l’entracte sont des mini-shows à part entière, qui mériteraient à eux seuls de se déplacer pour y assister. La variété des objets en jeu est moins grande que pour, par exemple, Cendrillon, mais la qualité de l’interprétation et la fantaisie des parties de théâtre de rue interdisent de dire de ce spectacle qu’il serait moins inventif que le premier.

Le vilain p’tit canard bien mis en pli

Dernier accouché de la série, Le vilain p’tit canard faisait sa toute première représentation lors de RéciDives.

L’univers choisi est, ce coup-ci, celui de la coiffure. La compagnie retrouve à cette occasion la marge de manœuvre qui réussissait si bien dans Cendrillon, en mobilisant peignes, brosses, serviettes, sèche-cheveux et autres ciseaux. L’inventivité visuelle est donc renouvelée, avec quelques gags bien amenés. Peut-être toutes les potentialités n’ont-elles pas encore été trouvées, on sent que le spectacle a encore de la marge pour aller chercher encore plus loin le décalage, et le second degré. La trouvaille pour incarner le vilain petit canard et ses différentes évolutions est déjà superbe.

Pour ce qui est de l’interprétation, cette fois-ci, elle se fait en duo femme-homme, ce qui ouvre une nouvelle dimension au spectacle dans un castelet qui a un peu poussé en largeur. Evidemment, cela autorise les comédiens à jouer les interactions de leurs personnages, et, là aussi (peut-être surtout), on sent que les ressorts de la relation peuvent évoluer vers des choses encore plus surprenantes et plus fines.

Les déplacements et le jeu à deux sont déjà plutôt bien calés, les deux interprètes ne se gênent pas visiblement. Surtout, alors qu’ils sont deux, et qu’ils sont eux-mêmes en jeu, ils arrivent très efficacement à focaliser l’attention sur les objets et sur la correspondance avec l’histoire entendue. Joli tour de force, surtout en rue!

Même s’il s’agit d’un spectacle tout jeune, on sent donc toute la patte de la compagnie et de son expérience accumulée. Pour l’instant, le spectacle est sympathique et efficace, avec quelques belles conneries déjà, mais en gagnant en maturité il devrait gagner en folie – il en a très nettement le potentiel. La sortie finale du castelet est peut-être pour l’instant le point faible, s’il faut en trouver un : les costumes sont géniaux, mais l’action est pauvre – alors que l’entracte est lui complètement réussi.

Bref, qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre de ces trois spectacles, on peut s’y rendre les yeux fermés, quelles que soient les personnes par qui on se fait accompagner. Il y a encore quelques représentations ce samedi dans le cadre du festival – Cendrillon suivie du Vilain p’tit canard à 18h15 au Village du festival – mais le calendrier de tournée de la compagnie est riche d’autres dates encore.

 

DISTRIBUTION

CENDRILLON

Création et Mise en scène : Cédric Hingouët
Interprète : Emma Lloyd
Regard extérieur : Juan Pino
Scénographie : Alexandre Musset

BLANCHE NEIGE

Création et Mise en scène : Cédric Hingouët
Interprète : Juan Pino
Regard extérieur : Emma Lloyd
Scénographie : Alexandre Musset

LE VILAIN PETIT CANARD

Création et Mise en scène : Cédric Hingouët
Interprètes : Cédric Hingouët et Morien Nolot
Regard extérieur : Juan Pino
Scénographie : Alexandre Musset

visuels: ©GregB

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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