Théâtre
Raoul collectif porte un toast au théâtre à la Bastille

Raoul collectif porte un toast au théâtre à la Bastille

08 avril 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Cela fait pile 10 ans que Raoul promène son collectif de scènes en scènes. Il est temps aujourd’hui de célébrer, mais célébrer quoi au fait ? Et comment ? Une cérémonie répond presque à la question. Elle est pleine d’ivresse et elle est à voir au Théâtre de la Bastille jusqu’au 14 avril.

« Ça me fait penser à un texte »

En 2012 nous découvrons ce quintette belge, composé de Romain David, Jérôme De Falloise, David Murgia, Benoît Piret et Jean-Baptiste Szezot. La méthode de Raoul, c’est une approche holistique du théâtre. Tout le monde fait tout et personne ne s’interdit rien. Du classique à la performance, de la musique à la danse, pourquoi choisir ? Cela peut paraître bancal, il n’en est rien, l’affaire est au contraire très sérieuse et le fil des spectacles est toujours bien tiré. Pour cette Cérémonie, programmée lors de La Semaine d’art à Avignon en octobre 2020, les invités sont nombreux : Leïla Chaarani, Clément Demaria et Anne-Marie Loop rejoignent la fête.

Sur le plateau, c’est le chaos, il y a des dizaines de fauteuils verts de jardin, un piano où tous se rassemblent pour commencer (collectif, toujours !). Il y a des instruments de musique partout et une coiffeuse aux lumières dorées comme dans les pièces d’Olivier Py, qui d’ailleurs avait découvert cette troupe lors du Festival Impatience. Un portant avec des costumes, qui ne seront pas tous utilisés, et, au plafond, un squelette de ptérodactyle prêt à prendre son envol.  

Comme toujours chez eux, la sensation est celle d’un bric-à-brac dont la structure révèle toutes ses fondations à la toute fin. Et si cette Cérémonie n’était en fait qu’un hommage à tous les grands textes et à tous les grands gestes ?

« Un toast à l’imprévisible »

David Murgia ne cesse de demander s’il n’est pas trop tard pour « introduire ». Jérôme De Falloise ne cesse de faire des apparitions fardé en drôles d’animaux, Jean-Baptiste Szezot campe un clown athlétique, Benoît Piret est formidable en sage et Romain David est parfait en homme de théâââtreu. Chaque saynète en amène une autre, toute plus sujette au rire que la précédente. En convoquant Antigone (cela fait 2500 que tu fais ça, et ça n’a servi à rien !), Don Quichotte, Shakespeare, Homère et tant d’autres choses, Raoul s’attaque à nos politiques, notre société. Les moulins à vent et les grandes envolées, les tirades sont toutes là pour interroger le but de cette affaire : parler de la mort ? Non ! Parler des actes : « Subir ou agir ? ». Dans un rythme fou, la beauté s’invite et le talent est permanent. Tout a l’air léger, tout à l’air improvisé et c’est tout le contraire. Ici, le gag, la bonne phrase peut s’écrouler si elle arrive à contre-temps.

Se promener, signaler, et maintenant célébrer, avec ironie, avec noirceur, mais toujours avec humour. Raoul regarde le monde avec attention et nous intime l’ordre de prendre le pire avec légèreté, et même de s’émouvoir des alertes lancées, comme l’idée que les dinosaures eux aussi ont vécu avant de disparaître, par exemple !

 

Au Théâtre de la Bastille jusqu’au 14 avril. 

Visuel : autorisation d’utilisation donnée par le service de presse

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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