Théâtre

[MIMA] « Radio 2000 », l’entresort-gourmandise des festivals de l’été

[MIMA] « Radio 2000 », l’entresort-gourmandise des festivals de l’été

04 août 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

Pour un voyage dans le temps (et dans une caravane climatisée), Radio 2000 de la cie du Grand Hôtel écume cet été les routes des festivals. Entresort à l’esthétique extrêmement soignée, qui transporte le spectateur dans une ambiance « sixties », c’est un plaisir, simple et gourmand, de spectateur. Proche du théâtre d’objets, avec quelques manipulations de magie, on en ressort sous le charme. A tester, par exemple dans le Off de Mima jusqu’à ce dimanche 5 août !
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Entrer dans la caravane de Radio 2000, c’est accepter l’invitation à entrer dans un univers, complet et soigné. La recherche d’un environnement rétro, immersif, daté années 60, est conduite avec un grand soin, et instaure d’emblée un charme particulier. Entre discours de De Gaulle, images détournées de films noir et blanc, électroménager typique des Trente Glorieuses, on oublie rapidement, justement, qu’on est dans une caravane.

Ceci, d’ailleurs, d’autant plus que le décor de l’entresort, qui fait devanture de magasin, masque justement en partie sa nature. Difficile de passer devant cet objet singulier, la caravane prolongée par une façade et un petit guichet, sans s’arrêter. Une jeune femme souriante renseigne les curieux et prend les inscriptions, devant ce qui se présente comme un magasin de réparation d’électroménager. « Radio 2000 », lit-on en lettres blanches sur fond orange, au fronton de ce temple du robot-mixer et de la centrale vapeur. Les files d’attente qui s’étalent toutes les heures à son pied ne doivent rien au hasard.

Radio 2000, c’est un entresort, donc, de 19 minutes (voir un peu plus, si l’installation traîne en longueur), pour 19 spectateurs (voir un peu plus, si de très jeunes amateurs de vieux aspirateurs, de format très compact, permettent de remplir un peu plus les bancs de devant), à 19 degrés (tout du moins initialement, car la climatisation a du mal à lutter contre la chaleur de vingt corps dans un si petit espace).

Au-delà de l’univers visuel, ce qui impressionne dans ce spectacle, c’est le personnage de Jonas, qui hypnotise les foules. On sent chez le bonhomme l’habitude du public et de la rue. Mi bonimenteur, mi prestidigitateur, il instaure d’office le rapport avec son public en l’accueillant à l’entrée, en distribuant lui-même les tickets-pinces-à-linge aux 19 élus, en organisant la mise en place de chacun.e à la plus juste place, en distribuant ses consignes de sécurité de plus en plus farfelues. Un spectacle total et permanent, une représentation qui ne finit jamais, et qui commence dès que l’oeil se pose sur la caravane. Pour les artistes, ce doit être épuisant. Pour les spectateurs, c’est un régal.

Une fois que tout est en place, celui qui s’est fait connaître comme spécialiste de diabolo utilise sa dextérité pour mettre en place quelques tours de passe-passe, en détournant habilement les appareils électroménagers qu’il a accumulés autour de lui. Bonneteau, jeux de lévitation ou de jonglage, il n’y a là rien qui sorte de l’ordinaire, mais tout est exécuté avec fluidité et précision, et le plaisir enfantin que l’on y prend vaut tout-à-fait les 30 minutes d’attente devant la caravane. Ceci d’autant plus que l’humour est perpétuellement présent, dans le petit espace de représentation où les tiroirs semblent s’ouvrir de la propre initiative, où les lumières s’allument quand elles le décident, où le réparateur-prestidigitateur fait semblant d’être un peu dépassé par les événements, où les objets les plus ordianires – par exemple un sèche-cheveux –  deviennent le prétexte à des jeux très inventifs.

Humour, magie, jeu avec le public, présentation soignée au millimètre, charisme de l’interprète, sont les maîtres-mots de cet entresort abouti, rafraîchissant – à tous les sens du terme – et, finalement, tout-à-fait recommandé.

 

RADIO 2000 from Cie du grand hôtel on Vimeo.

Conception et interprétation : Jonas Thomas, cie du Grand Hôtel
Visuel: (c) SILEKS

 

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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