Théâtre

Que faire ? (le retour) au Théâtre du Nord

Que faire ? (le retour) au Théâtre du Nord

21 juin 2013 | PAR Audrey Chaix

 

Tout commence dans une banale cuisine, un de ces ensembles chaises, placard et table en formica, digne d’un catalogue de la CAMIF. Monsieur et madame s’apprêtent à passer à table. Les gestes sont machinaux, jusqu’à ce que madame sorte de son cabas un petit livre qu’elle commence à lire – et tout d’un coup, plus rien de ce qu’elle accomplit machinalement n’a l’air d’avoir d’importance. Les yeux rivés sur le livre, elle ne prête plus attention à rien – ni même à son mari. Ce livre, ce sont les Méditations Métaphysiques de Descartes. Et voilà que madame, à l’instar du philosophe, se retire dans son poêle et en ressort avec une exaltante révélation : que faire de toute l’histoire, de tout l’art, de toute la littérature qui nous précède ?

Et les choses se font physiquement, sur le plateau : on apporte un chariot chargé de livres, que l’on saisit un par un pour les trier, les garder, ou les jeter, en faire des piles d’un côté, de l’autre, dans une débauche d’énergie et de réflexions métaphysiques drôles et piquantes. La révolution française, on garde, on jette ? Et les totalitarismes, si effrayants que l’on ne parvient pas à les prononcer, qu’en fait-on ? Et l’art contemporain ? Et Marx, qui finit par être déposé cérémonieusement dans un placard de la cuisine, parce que le Capital, c’est important…

Écrite par Jean-Charles Masséra et Benoît Lambert, mise en scène par Benoît Lambert, Que faire ? (le retour) semble taillée pour ses interprètes, tous les deux magistraux : Martine Schambacher et François Chattot courent et volent, se déguisent, dansent, chantent (elle fait une Nina Hagen désopilante), s’agitent (l’interprétation des Semiotics of the Kitchen de Martine Schambacher est un pur délice) et s’aiment sans répit ni repos. Ils incarnent ensemble ce couple vieillissant avec tant de justesse et d’émotion que les voir se donner la réplique est un vrai bonheur. Et le public ne s’y trompe pas, qui les acclame avec transports dès le tomber du rideau.

Ce que l’on regrettera cependant, c’est que la pièce n’aille pas aussi loin qu’elle le promettait : si le principe de départ est bien vu, et très alléchant (que doit-on prendre ou jeter dans ce patrimoine immatériel mondial qui fait notre humanité ?), il cède à l’humour facile et se prend parfois à tourner en rond. Si certains morceaux sont tout à fait savoureux, comme cet exposé des différentes thèses historiques liées à la Révolution française par Martine Schambacher, d’autres sonnent un peu attendues et donnent parfois l’impression de ne pas sortir de l’impasse.

Cela n’enlève rien à l’extraordinaire performance de Chattot et de Schambacher, et au plaisir visible pris par les spectateurs pendant la représentation. Bravo à eux !

Voir la critique de Christophe Candoni.

Photos : © Vincent Arbelet

Infos pratiques

Théâtre de la Paillette
Théâtre Saint Médard
theatre_du_nord

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *