Théâtre

Le principe d’Archimède, un thriller captivant à découvrir de toute urgence

Le principe d’Archimède, un thriller captivant à découvrir de toute urgence

14 avril 2018 | PAR Aurore Garot

Écrit par Josep Maria Miró, grand auteur du théâtre catalan, Le principe d’Archimède est l’œuvre la plus jouée et traduite dans le monde. Adaptée deux fois au cinéma, la pièce est représentée dans le cadre du festival « Barcelone en scene », à travers une mise en scène de Bruno Tuchszer, qui grâce aux talents des acteurs, à une scénographie très réaliste et à une ambiance oppressante qu’il impose à la pièce, sème le doute chez les spectateurs qui se questionnent sur notre société fondée sur la peur, la suspicion et la rumeur. À voir de toute urgence samedi 13 avril au Théâtre 13.

Dans une piscine municipale, un maître nageur, Pierre, est soupçonné de pédophilie à la suite d’une accusation portée par une enfant de cinq ans, qui raconte à ses parents l’avoir vu embrasser un petit garçon apeuré par l’eau. La rumeur circule et provoque le doute chez ses collègues ainsi que la peur et la colère des parents qui se souviennent d’une affaire similaire ayant eu lieu récemment dans le centre aéré situé à vingt minutes de la piscine.

La pièce possède la même structure qu’un thriller, ce qui en fait sa plus grande force. Comme pour la poussée d’Archimède, les informations remontent à la surface au fur et à mesure de la pièce grâce à des retours en arrière qui permettent aux spectateurs de rassembler les morceaux du puzzle, de découvrir la vie et les points de vue des personnages, comme des enquêteurs… Mais le doute s’installe bien vite et grandit en crescendo pour finalement provoquer une sensation d’oppression. Les plaisanteries « borderlines » de Pierre sur les enfants prennent un tout autre sens lorsque nous découvrons l’accusation portée contre lui. La moindre parole, le moindre geste rendent le soupçon plus grand pour finalement provoquer le trouble voire le malaise du spectateur qui n’arrive pas à découvrir la vérité.

Est-il coupable ? Personne ne le sait. Comment Pierre peut-il prouver son innocence ? Personne ne le sait non plus. Le principe d’Archimède n’est pas une œuvre sur la pédophilie, mais sur la rumeur, la paranoïa et la suspicion qui peuvent réussir à détruire une voire plusieurs existences (celle de Pierre, de ses collègues, des parents et/ou des enfants). Par cette incrimination fondée sur les paroles d’une enfant, la vie de Pierre est bouleversée à jamais, d’autant plus que la rumeur s’est propagée sur les réseaux sociaux. Quoi qu’il fasse à présent, il restera des traces et le droit à la présomption d’innocence ne devient qu’une expression vide de sens à partir du moment où l’accusation est faite. La pièce présentée par Bruno Tuchszer et sa compagnie lilloise montre une véritable « société de la peur » pour reprendre le concept d’Ali Magoudi qu’il utilise dans son essai N’ayons plus peur, où la spéculation devient reine et où les parents surveillent leurs enfants comme Big Brother par peur de ce qui pourrait leur arriver.

N’espérez pas avoir une réponse en sortant de la salle. Toute la puissance de la pièce vient de l’intrigue-même et des questionnements qu’elle fait ressortir sur l’état psychologique de notre société actuelle.

Texte traduit avec le soutien de la Maison Antoine Vitez, publié aux Éditions Théâtrales. Traduction Laurent Gallardo

©Couverture ©PIB

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Aurore Garot

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