Théâtre
Pour que les vents se lèvent. Une Orestie au TNBA

Pour que les vents se lèvent. Une Orestie au TNBA

11 octobre 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Catherine Marnas, a emmené un projet européen qui revisite le mythe d’Oreste. Son art de la mise en scène et de la direction d’acteurs accompagne une nouvelle lecture précieuse de L’Orestie, la trilogie dramatique d’Eschyle.

(avec Eriksen notre correspondant à Bordeaux)

De Iphigénie à Electre

Troie est détruite. Le vainqueur, Agamemnon, revient chez lui, à Argos où il se fait assassiner par sa femme Clytemnestre. Le cycle de vengeance et de violence est enclenché : Oreste lavera la mort du père par le meurtre de la mère. 

En mai 2021, Catherine Marnas est contactée par la commissaire de la Saison France/Portugal pour imaginer un projet européen. Très vite, Catherine Marnas pense à Nuno Cardoso, directeur du TNSJ (Théâtre National São João) à Porto et ancien intervenant de l’éstba – école supérieure de théâtre Bordeaux Aquitaine pour s’associer à un projet de co-mise en scène. Les échanges sont nombreux et ils finissent par tomber d’accord : L’Orestie est une œuvre incroyable pour une troupe de comédiens. Une œuvre importante qui parle de la démocratie, thème qui hante les deux artistes. À l’issue de cette première rencontre, Catherine Marnas propose à Gurshad Shaheman de réécrire et d’actualiser la pièce. L’Orestie doit parler aux gens de notre temps : il ne s’agit pas d’une traduction, ni d’une simple réécriture mais d’un nouveau texte traitant de l’Orestie. Certes les personnages seront conservés, mais la dramaturgie sera complètement revisitée. Des flashbacks seront introduits, la barbarie et le procès seront omniprésents.

Le résultat est magnifique. L’expérience spectateur est esthétique. Les comédiens vibrent, dansent parfois. Le décor est efficace de pureté. L’ensemble assure le spectacle et saisit notre attention. 

La guerre des sexes aura-t-elle lieu ?

Pour l’auteur, franco iranien, arrivé en France à l’âge de 10 ans, Troie, c’est le Moyen-Orient. Il veut voir dans ces pays ravagés le bras armé des Européens et les Américains: Afghanistan, Irak, Libye… Il voit Agamemnon en l’occident qui justifierait la mise-à-sac de Troie par la lutte contre le terrorisme. Le terroriste étant Pâris qui s’est infiltré en Grèce pour enlever une reine. On oubliera, en se pinçant le nez, cet apologie du terrorisme qui confond Achille tué par le beau Paris avec les 3000 victimes des tours jumelles. La pièce présente un autre discours autrement intéressant. La guerre des sexes aura-t-elle lieu ? Le spectacle ne répond pas à cette question cependant qu’il assume l’autre point de vue, celui des femmes et des dominées : ainsi Clytemnestre accusant Agamemnon d’avoir tué sa fille pour galvaniser les foules , ainsi Hélène soit-disant libérée du joug troyen mais enfermée en asile psychiatrique a son retour en Grèce, ainsi Oreste homosexuel détestant la virilité paternelle mais rattrapé par la pression hétéronormée, ainsi toutes les violences faites aux femmes exprimées comme des dommages principaux et non plus collatéraux.  Il apparaît évident que les choses auraient aussi bien pu se passer ainsi.

Dommage toutefois que l’auteur, certainement occupé par sa dialectique tiers-mondiste, ne soit pas allé jusqu’au bout de la dialectique : si le point de vue des vainqueurs n’avait pas besoin d’être rappelé puisque la mythologie grecque et toutes les cultures qui en découlent n’ont cessé d’être exposées, il manque ici une once de synthèse, un effort d’autodé-radicalisation. Rien ne permet d’affirmer que l’histoire racontée par les vaincus et les dominés soit plus objective que celle des vainqueurs. En sacrifiant ainsi la vérité sur l’autel de la revanche, en assimilant la position de l’autre au fascisme, en terminant l’œuvre par des accents de meeting politique où l’important est plus le mouvement que la vérité, la pièce prend le risque de déclencher un nouveau cycle orestien ? 

Il n’empêche, Cette pièce vertueuse compte! Beau spectacle, elle est une bouffée d’oxygène car elle insuffle une liberté au sein de nos habitudes du patriarcat. 

 

 

Pour que les vents se lèvent. Une Orestie
Texte Gurshad Shaheman
Mise en scène Nuno Cardoso et Catherine Marnas
Avec 
Zoé Briau
Garance Degos
Félix Lefebvre
Léo Namur
Mickaël Pelissier
Bénédicte Simon
et  
Carlos Malvarez
Gustavo Rebelo
Inês Dias
Telma Cardoso
Teresa Coutinho
Tomé Quirino
Assistanat à la mise en scène Janaína Suaudeau
Lumières Carín Geada
Scénographe Fernando Ribeiro
Musique Esteban Fernandez
Avec la collaboration de :
Philippe Asselin,Tams
Olivier Samouillan, Alto
Garance Degos, Violoncelle
Costumes Emmanuelle Thomas

 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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