Théâtre

Poignant et édifiant « Camille contre Claudel » de et avec Hélène ZIDI au Roi René de Paris.

Poignant et édifiant « Camille contre Claudel » de et avec Hélène ZIDI au Roi René de Paris.

24 novembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Héléne Zidi avec Camille contre Claudel, a imaginé à la façon de La Dernière Bande de Beckett, une rencontre irréelle entre Camille Claudel au début de sa carrière et elle même à la fin de sa vie.  La pièce, énorme succès en Avignon 2016, 2017 et 2018 est programmée au Roi René de Paris jusqu’à la fin de l’année.

Évoquons brièvement mais pour l’oublier aussi vite le décor vieillot et chargé, car hors ce décor raté la pièce est une totale réussite.

Camille Claudel, vieille et fatiguée est assise devant nous, penchée sur sa canne. Elle est depuis 30 ans enfermée dans l’asile pour aliénés à Ville Evrard. Cacochyme, elle nous parle, se confie, interpelle son frère ce Paul imaginaire, ce frère aimé de tous et qui l’a fait interner là. Dans un dernier souffle de désirs, Camille, pas si folle, tient à nous raconter ce que fut sa vie. Alors qu’elle se souvient d’Auguste Rodin qui n’eut de cesse que de la voler, un coup de tonnerre éclate et c’est  Camille jeune et dynamique (Lola Zidi, fille de Hélène Zidi défend admirablement son rôle) qui apparaît, une  belle jeune fille avec ombrelle et  élégance.  Celle qui deviendra la pensionnaire de l’asile d’aliénés est toute à son enthousiasme d’être la nouvelle jeune assistante de Rodin. Pleine d’optimisme elle clame sa joie tandis que la Camille vieille sur son siège continue de murmurer son drame; les deux femmes bientôt dialogueront et danseront ensemble.  Entre les actes, nous entendrons la voix de Rodin déplier son amour sincère, mais manipulateur. La voix off est interprétée par un  Gérard Depardieu  merveilleusement ambigu.

Camille au bûcher

La pièce est l’histoire d’un vol d’œuvre opportuniste de la misogynie. Elle est la triste chronique d’une fille au sein d’une fratrie. Elle est aussi la description d’une artiste sensuelle, sensible et déchirée. Elle est le tableau clinique d’une femme qui aura tant manqué d’amour et d’affection qu’elle glissera d’abord dans une merveilleuse sublimation par la sculpture puis dans un délire de persécution, et enfin dans une psychose paranoïaque lourde qui la conduira à l’hospitalisation. Elle est enfin un manifeste contre le patriarcat tel qu’en lui même à la fin du 19e siècle, un patriarcat dont Camille la moins soumise reste complaisamment aliénée.  Mais en sommes-nous si loin aujourd’hui?

Remercions Hélène Zidi qui a su évoquer Camille Claudel de façon profonde et intime  en échappant aux codes ennuyeux des biopics. Son texte brillant articulé autour d’une auto introspection avec un autre moi soutient la tension du hiatus entre la femme créatrice et la femme souffrante. Camille Claudel y apparaît une immense artiste lumineuse en même temps que la pitoyable victime accommodante d’un patriarcat sûr de lui.

 

 

Camille contre Claudel, de et avec Hélène Zidi, au Théâtre due Roi René jusqu’au 22 décembre

Crédits Photos Julien Jovelin

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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