Théâtre

Place N22, un poignant coup de cœur pour L’Habilleur

12 mai 2009 | PAR Claire-Marie

Place N22, à l’extrême droite de la scène, approximativement au dixième rang, cinquième siège de la rangée. A peu de choses près, une des pires places du théâtre, diraient les puristes. Ce genre de place où l’on se tord le coup pendant deux heures, jusqu’à ce que la fatalité de cette place N22 obsède le spectateur finissant, à force de récriminations intérieures, par perdre le fil de la pièce.

 

La prouesse de L’habilleur réside alors dans sa capacité à faire oublier à l’occupant de la N22 son placement. Par quel ressort ? Une émotion théâtrale à l’état pur.

 

Affiche-habilleur

Et pourtant, rien d’étonnant à ce que la place N22 se fasse caisse de résonance de la pièce. En effet, l’Habilleur est bâti sur le thème du double.

 

Des personnages-miroirs sont en scène. Le « maitre » de la compagnie théâtrale (Laurent Terzieff), ne peut se comprendre sans son habilleur Norman (Claude Aufaure), son reflet en négatif. La folie du premier, poignant et narcissique, est indissociable de la raison du deuxième, réconfortant et aimant. L’un donne sens à l’autre et ils s’accordent mutuellement une vérité dépassant la caricature initiale. De même, la régisseuse dans son amoureuse froideur esquisse un portrait inversé de l’aguichante spontanéité de la jeune débutante, jusqu’à ce qu’elles se confondent presque en un seul personnage à deux âges de la vie.

 

Cette ambivalence de la pièce est encore à l’œuvre dans sa construction en « théâtre dans le théâtre » : deux scènes se chevauchent. Sur la première, celle du théâtre Rive Gauche, le spectateur parisien plonge dans les coulisses d’une compagnie s’apprêtant à jouer le Roi Lear et les doutes du maître à la lisière de la folie. Superposée, la deuxième scène est à la destination fictive des Anglais assistant à cette représentation shakespearienne, malgré les bombardements nazis de cette année 1942. Là, le théâtre devient un instrument de résistance sonore à la terreur que provoquent les incessantes alarmes annonçant le bombardement : «sachez que chacune de mes paroles sera un bouclier contre votre barbarie, chacune de mes répliques un rempart contre votre règne de terreur» clame alors le maître.

 

Doubles sont enfin les réactions des spectateurs. Rouleaux et vaguelettes de rires secouent la salle, en échos à un texte subtil finement ciselé. Embruns et brumes de larmes humectent les yeux des spectateurs, bouleversés par la beauté du texte et le poignant du jeu.

 

Place N22, L’habilleur est l’épicentre d’une première grande émotion théâtrale.

Qu’en est-il des places A18, O33, E05 …?

Venez nous l’écrire.

 

place-n22 L'Habilleur

–>   Jusqu’au 13/06/2009

Pour aller plus loin :

« L’habilleur au théatre, une interview de Laurent Terzieff » http://culturebox.france3.fr/all/8668/%22L’habilleur%22-au-th%E9%E2tre-:-interview-de-Laurent-Terzieff/#/all/8668/ »L’habilleur »-au-théâtre-:-interview-de-Laurent-Terzieff/

 

 

Claire-Marie FOULQUIER-GAZAGNES

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Claire-Marie

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