Théâtre

Petit Prince magique au Studio de la Comédie-Française

02 décembre 2011 | PAR Christophe Candoni

Le Petit Prince a souvent été porté à la scène et décliné sous les formes les plus inimaginables, preuve d’un succès et d’une renommée jamais démenties depuis sa parution en 1943. Pourtant, il n’avait encore jamais été mis à l’affiche de la Comédie-Française. C’est Aurélien Recoing, un des derniers pensionnaires de la maison, qui signe la mise en scène du célèbre conte de Saint-Exupéry au Studio-Théâtre. Le rôle-titre est confié à l’idéal Benjamin Jungers. Ce spectacle ravit petits et grandes personnes qui ont gardé une âme d’enfant.

On croît rêver. Les dessins bien connus qu’a réalisés Saint-Exupéry lui-même pour illustrer son conte, prennent vie sur l’étroite scène du Studio-Théâtre et sous nos yeux sans non plus s’enticher d’une fidélité trop marquée. La ligne fine, le poids léger, les cheveux couleurs d’or, vêtu du célèbre costume vert pâle avec l’écharpe qui vole dans le vent, le petit prince prend corps à travers son formidable interprète Benjamin Jungers, un des meilleurs acteurs de la jeune troupe du Français. Aérien, sensible et lumineux, son petit prince a les traits fins et expressifs, il est aussi un rire aigu, fluet mais franc. Le jeu de l’acteur est emprunt d’une douceur enfantine enjouée et sans aucune mièvrerie, d’un caractère rêveur mais peu tempéré, tandis que Christian Gonon fait de l’aviateur un être las, désenchanté, plus sombre. Il apparaît dans la salle, encore allumée, presque sans qu’on ne s’en rende compte, dans un costume de prestidigitateur. Il se lance dans un numéro de magie, souriant mais sans la flamme, puis retire son frac avec nonchalance. Au fond des poches, en boule, du papier froissé : ses dessins de jeunesse. C’est en les dépliant peu soigneusement que son enfance resurgit et le pousse à raconter son histoire. Un duo finement contrasté donc, un échange tendre et complice entre les deux acteurs qui émeuvent. C’est sur quoi repose le conte : la rencontre fortuite et essentielle du narrateur avec le petit prince qui interroge et transforme son être au monde et son altérité.

Le travail qu’a réalisé Aurélien Recoing est remarquable d’intelligence poétique et malicieuse. Il se distingue aussi par sa merveilleuse simplicité et son inventivité. Il suffit que Christian Gonon enlève sa chaussure d’où s’échappe une grosse poignée de sable fin pour faire apparaître et convoquer tout le désert du Sahara. Le lâché de roses des cintres qui viennent se piquer drue sur le plateau et former un champ de fleurs, la carcasse de l’avion, l’idée d’avoir rendu physiquement la mélancolie et la marginalité du renard en le présentant estropié, l’épisode de la visite des planètes monté comme un cabaret brechtien, tout est juste et de bon effet. Christian Blanc, très en forme, endosse avec virtuosité tous les rôles, celui du roi, puis du buveur, du vaniteux, du businessman et d’autres encore, en changeant rapidement et face public un élément de costume ou au moyen d’un accessoire élémentaire. Il ressort du procédé une drôlerie qui met l’accent sur l’absurdité des grandes personnes et de leur existence. Suliane Brahim campe une fleur toute pimpante et pleine de petites manières, délicieusement capricieuse.

Photo Brigitte Enguérand


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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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