Théâtre

Perthus : Besset explore l’amour adolescent

19 janvier 2010 | PAR Christophe Candoni

C’est une histoire pleine de charme qu’a écrit en 2007 le jeune et talentueux Jean-Marie Besset, plusieurs fois nommé aux Molières pour ses textes et ses adaptations de pièces anglo-saxonnes. Malgré les remous qu’a provoqué sa nomination au centre dramatique national de Montpellier et les contestations qui sont survenues, le succès ne se dément pas et la reprise de sa pièce Perthus dans la mise en scène de Gilbert Desveaux au Vingtième Théâtre en est un bon exemple. La distribution est presque entièrement renouvelée, seul l’acteur Alain Marcel faisait partie de la création de la pièce au Théâtre du Rond-Point puis à Marigny.

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Paul et Jean-Louis sont deux camarades de classe que tout oppose : le premier est un adolescent rêveur et introverti, passionné de littérature, le deuxième garçon vient d’arriver au lycée, il est sportif et doué en math. Ils ne sont a priori pas faits pour s’entendre et comme souvent ils vont être amenés à se rencontrer. Paul fera la fiche de lecture sur « La Princesse de Clèves » pour son nouvel ami qui tentera de lui expliquer les probabilités. Une amitié s’établit sur une admiration réciproque mais Paul est homosexuel et ressent de l’amour pour son ami Jean-Louis. Besset explore les tourments sentimentaux des adolescents avec justesse. Le ton de la pièce est drôle, parfois dramatique, son écriture est fine et sensible.

Brice Hillairet (Paul) joue la difficulté à se dévoiler avec beaucoup de justesse. Il campe un adolescent un peu coincé, qui se cache derrière des réactions enfantines pour masquer ses sentiments. Sylvain Dieuaide (Jean-Louis) possède l’aisance et le physique lumineux du rôle. Ces deux jeunes acteurs, formés au Cours Florent, sont très crédibles. Leur jeu est pudique et délicat, notamment dans la scène du dortoir à la sensualité contenue. Paul y exprime son désir physique pour son camarade qui le laisse faire passivement.

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Alain Lagarde a imaginé pour tout décor une large estrade et d’immenses chaises d’écoles, un moyen d’exprimer le délicat passage de l’enfance à l’adolescence, en représentant un monde tout juste atteignable pour les jeunes gens, aussi grand que les questions qu’ils se posent pour arriver à devenir des hommes adultes, assumer leurs choix et leurs désirs. D’ailleurs, le titre de la pièce renvoie au col de Perthus et exprime cette idée métaphorique de passage d’un point à l’autre.

L’autre couple de la pièce, ce sont les mamans aimantes et envahissantes des jeunes garçons, deux femmes cocasses et poignantes. L’idée de faire jouer les rôles par deux acteurs travestis semble curieuse mais ce choix décalé, qui vient du fait que les pères sont absents dans la pièce et que les mamans doivent prendre leur place, fonctionne parfaitement grâce au jeu fantastique des acteurs qui ne tombent jamais dans la caricature, ni ne transforment leur voix. Alain Marcel, si souple sur ses hauts talons, est plus vrai que nature dans Marianne, une femme aux formes généreuses. Laurent Spielvogel dans le rôle d’Irène est une silhouette plus frêle et sèche. Au cours de monologues, elles se confient et dévoilent leur destin de femmes blessées par les hommes, délaissées et trompées pour qui leur progéniture est toute leur vie.

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Perthus, jusqu’au 28 février 2010, du mercredi au samedi à 21h30 et le dimanche à 17h30. Au Vingtième Théâtre, 7 rue des plâtrières 20 arr. M° Ménilmontant. TEL : 01 43 66 01 13

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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