Théâtre

Le père brumeux de Julien Gosselin au Festival d’Automne

Le père brumeux de Julien Gosselin au Festival d’Automne

14 septembre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La coqueluche du théâtre français est programmé au Festival d’Automne avec une reprise qui dénote dans son univers. 1H15 pour Laurent Sauvage qui ne parvient pas à sortir du brouillard.

De Julien Gosselin, on aime les scènes de groupe et son travail de cinéaste appliqué au spectacle. De lui, on comprend, l’idée, bonne, que pour être monté, un texte ne doit pas forcément être écrit pour le théâtre. Mais ce qui fonctionnait merveilleusement bien avec les Particules élémentaires ou le collage des livres de Don DeLillo a déjà montré ses limites. Dans son adaptation fleuve (11H05) du roman tout aussi fleuve (1300 pages) de Roberto Bolaño, 2666, il échouait dans l’équilibre de son propos. Il en était de même pour 1993, spectaculaire dans sa forme, la proposition est aussi assommante dans son propos. Le Père lui date de 2015 soit juste après les Particules dans une opposition qui semble se vouloir directe entre le plein et le vide.

Spectaculaire, oui, Julien Gosselin l’est souvent, grâce à son scénographe magnifique, Hubert Colas qui malheureusement n’est pas présent au casting du Père qui se joue à la MC93 jusqu’au 29 septembre. C’est un seul en scène donc, qui commence très bien. Dans un noir total, la voix si reconnaissable, limpide et sombre de Laurent Sauvage nous parle de ses rêves disparus.  La bande son  est légèrement rock et frise la saturation, frise seulement. Elle est signée Guillaume Bachelé et vient apporter du tragique au tragique. Pour l’instant cela fonctionne car la sensation d’écoute dans l’obscurité totale est une expérience qui sait être lumineuse. Puis, tout s’effondre quand le noir se fait gris, la vision assassine tout. Nous nous retrouvons alors face à une proposition qui n’est pas clair et aucune cohérence ne peut se trouver. Étonnamment, le fait d’entrevoir nous rend le texte plus limpide, puisque notre attention est divisée. D’un coup, les mots du roman L’Homme incertain de Stéphanie Chaillou semblent enfoncer des portes mille fois ouvertes sur l’humiliation subie par les hommes déclassés.  L’histoire est celle d’un agriculteur qui doit vendre sa ferme, qui était toute sa vie, tout son rêve et qui revient, sur cette vie passée. Le sujet est la révélation de son incapacité à être capable de faire et d’être, lui qui est un père, un pilier donc.

Nous nous ennuyons franchement à l’arrivée, redoutée, des projections de mots sur le mur, tel TRISTESSE en capitales, dans un manque de radicalité reprochable.  Dans son pré-carré tout en néons Laurent Sauvage est lui, comme toujours, impeccable, et ne faillit jamais dans une presque lecture qui aurait gagnée à être beaucoup plus directe.

L’accumulation du son, des néons et de la brume enlève au spectacle la part d’intimité recherchée ici pour nous entraîner finalement dans du théâtre à tendance classique (Un comédien en adresse directe) qui hésite entre lecture, poésie et performance. A force de ne pas trancher, Julien Gosselin nous abandonne dans une nébuleuse qui, si elle est courte, n’a rien de tranchante.

Visuel : ©Simon Gosselin

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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