Théâtre
Paroles Gelées, Rabelais à la fête au TGP

Paroles Gelées, Rabelais à la fête au TGP

20 mars 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Blindax la salle en pré-rénovation du Théâtre Gérard Philippe de Saint Denis où le public était venu dionysien et parisien s’éclater littéralement sur la mise en scène dynamique de Jean Bellorini nous proposant un (trop) long voyage sur les mers en compagnie de Gargantua, Pantagruel et Panurge.

Le monde de Rabelais est ici inspiré par des esthétiques prestigieuses : de l’eau pour plateau, il semblerait que cela soit une grande tendance du moment (La dame de la mer proposait également ce dispositif le mois dernier, et en début de saison, le divin I’m the wind de Patrice Chereau faisait surgir les vagues au théâtre de la ville, de tous les spectacles d’Olivier Py, on retrouve des guirlandes de cirque. D’Ariane Mnouchkine, le bric et broc chic de trois lustres qui montent et descendent à la main. Paroles Gelées enchaîne à un rythme parfois inégal, les contes et légendes de Pantagruel. Nous voilà plongés à la fois dans la langue de Rabelais, nous rappelant nos Lagarde et Michard de sixième que l’on croyait enfouis. La langue est riche, inventive. Il est formidable d’assister au voyage des mots en même temps que celui des hommes. Potacheries obligent, les discussions tournent toujours autour du corps et de ses petites affaires, scatologie et allusions intestinales sont là nombreuses. L’ambiance est peut être à la salle de garde, celle de Rabelais, devenu médecin après avoir quitté l’habit dans la jolie ville de Montpellier. Le spectacle débute d’ailleurs par « Les cents et une manières de se torcher», un chapitre au nom limpide de Gargantua ! Cela se passe en avant-scène, demi-rideau baissé. Il se lève enfin et laisse place à un beau tableau : de l’eau donc, des musiciens, une table avec autour 13 comédiens qui vont chanter, danser, êtres conteurs puis contés.

Sur le fond le spectacle est absolument cohérent, le voyage est sympathique et attrayant, porté par des comédiens extrêmement dynamiques. On y croit. On se surprend à attendre la fin de l’histoire des moutons de Panurge. On jette un « oh ! » de ravissement quand l’amoureuse du même Panurge enfile sa robe de mariée descendue des cintres en une seconde. Les histoires racontent chacune un des travers de l’âme humain : la violence, l’amitié, l’amour, le silence, la peine… La musique, rock tendre, accompagne le périple avec élégance. En revanche, on regrette certaines facilités qui viennent plomber le spectacle : les chansons sur jouées ou les effets de mises en scène ici livrée comme l’on fait un montage de texte manquent de personnalité. Reste un spectacle réjouissant malgré ses longueurs au punch vivifiant.

Visuel (c) Anne Nordmann.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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