Théâtre

Outrage au public jubilatoire par la Compagnie de Koe

Outrage au public jubilatoire par la Compagnie de Koe

13 novembre 2011 | PAR Christophe Candoni

Dans le cadre du Festival d’Automne, les comédiens belges de la Compagnie de Koe reviennent au Théâtre de la Bastille avec une version surprenante et pertinente d’Outrage au public grâce à laquelle on redécouvre la pièce culte du dramaturge autrichien Peter Handke.

Lors de sa création en 1966 sous la houlette du metteur en scène Claus Peymann à Francfort, « Outrage au public » fut un scandale parmi les plus retentissants de l’histoire du théâtre. Rien à voir et rien à entendre, pas de dialogue, pas de récit, pas d’histoire, pas de personnage… Pas de théâtre en somme. Les spectateurs sont conviés à assister à une représentation qui se refuse, s’annihile et revendique son inexistence. Voilà de quoi bousculer les habitudes confortables du public que Handke décrit dans un état larvaire de consommateur d’art. Avec délectation, les acteurs jouent sur l’attente et l’impatience insatisfaites de l’assistance. Ils sont assis autour d’une table de travail, papotent en écoutant la radio ; un solo de violoncelle et un match de football se font concurrence. Tous les yeux sont rivés sur le plateau mais le procédé s’inverse. Les comédiens toisent ceux qui les regardent avec effronterie et indifférence. Le texte défile en projection vidéo sur le mur noir. « C’est bien lisible » ? demande l’un d’eux, quelques « bonsoirs » sont lancés à la cantonade. Puis, ils s’affairent à préparer des plats copieux et variés pour un banquet chic, l’idée géniale fonctionne et tient la longueur du spectacle, jouant elle aussi sur l’envie et la frustration.

Plus que simplement polémique, l’expérience proposée par Peter Handke fascine par l’extra-lucidité de son auteur. Handke n’a qu’un peu plus de vingt ans quand il écrit sa première pièce, il y expose toute sa maîtrise, sa compréhension de l’art théâtral et en parle admirablement. Il torpille, piétine les codes et les conventions illusionnistes du théâtre envisagé comme un art de la simulation et de l’imitation. Handke fait casser le quatrième mur aux acteurs qui apostrophent sans réserve ni manière les spectateurs, l’attention se porte dorénavant non pas sur ce qui devrait se passer sur scène mais sur la réaction du public qui s’est fait avoir.

Les interprètes de la Compagnie de Koe et la mise en scène de Peter Van den Eede déplacent la rhétorique agressive d’Handke sur le terrain de l’humour et de l’ironie en misant sur la complicité avec l’auditoire plutôt que le conflit. Mais le propos ne perd rien de son insolence ni de son caractère polémique. La provocation, jamais gratuite, et le goût du saccage demeurent heureusement  intacts.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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