Théâtre

« Open the owl »: mission, ouvrir le castelet au regard gourmand des spectateurs! [Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes]

« Open the owl »: mission, ouvrir le castelet au regard gourmand des spectateurs! [Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes]

20 septembre 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Dans le IN du Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, l’un des artistes fil rouge est donc Renaud Herbin, du TJP Strasbourg, dont on a déjà chroniqué le magnifique Milieu ici même. Il s’agissait cette fois de découvrir Open the owl, commandé par le Théâtre de Ljubljana, fait avec de toutes petites marionnettes traditionnelles, remises dans une perspective radicalement nouvelle par une mise en scène audacieuse qui éclaté le castelet pour mieux donner la mesure de l’art du manipulateur. Intelligent autant qu’inspiré, d’accès facile à tous les publics.
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Comment revisiter et réactualiser, dans le respect d’une tradition mais dans une volonté de rendre contemporain, un ensemble de marionnettes porteuses d’une histoire déjà ancienne? Ce défi de mobiliser au présent un matériau marionnettique et littéraire hérité du passé slovène pour toucher un public contemporain est celui qui a été lancé à Renaud Herbin, talentueux marionnettiste et metteur en scène, par le Théâtre de Ljubljana.

De la tradition, reste l’inspiration, le castelet initialement utilisé au début du spectacle, les petites marionnettes de plomb peintes au bout de leurs fils, les gestes manipulatoires. Mais la mise en scène, pleine d’intelligence et d’inventivité, s’empare de ce matériau pour décaler le regard et renouveler l’expérience du public.

La modernisation s’est faite, en premier lieu, par la disparition du castelet, ou plutôt par sa dispersion, puisque ce dernier éclate au bout de 5 minutes pour mettre à vue les deux marionnettistes et tous les ressorts de leur art. On apprécie d’autant mieux la minutie des manipulations et la concentration des artistes. La liberté de mouvement qui est laissée au public lui permet de s’approcher au plus près de la vérité de ce qui se joue et se manipule. Les spectateurs en effet sont non pas assis mais libres de rester debout, de se déplacer, de s’asseoir aussi, bref, de « choisir leur point de vue » comme le précise Renaud Herbin lui-même.

En complément, le recours à la vidéo permet, par la captation en direct, de changer d’échelle et d’adapter le spectacle à une plus grande jauge. La projection en elle-même est un élément évident de modernité, mais qui aurait pu être parfaitement artificiel; piège dans lequel Open the owl ne tombe pas, en utilisant la vidéo non comme un gadget mais bien comme un dispositif à la fois amplificateur de la marionnette et source de ses propres esthétiques, qui se superposent à celles propres aux figurines et à leur manipulation.

De surcroît, le récit qui sert de support dramaturgique à la mise en manipulation, fondé sur une histoire traditionnelle, a fait lui-même l’objet d’une adaptation dans l’optique de la « contemporéaniser ». Le texte ancien est ainsi mis en abîme et recentré sur le dialogue intérieur du hibou qui donne son titre à la pièce.

Il ne faut pas oublier de dire un mot de l’interprétation-manipulation, confiée à deux marionnettistes slovènes qui rivalisent d’adresse pour communiquer leur mouvement aux personnages… et qui finissent par déborder du castelet pour incarner avec une rare énergie le protagoniste de l’action. Le jeu se fait en slovène surtitré, moins quelques phrases qui ont été mémorisées spécialement en francais.

En somme, une foule d’idées ingénieuses bien liées, modernes mais préservant une place à la tradition, dans un spectacle à la fois captivant et doté de très nombreux niveaux de lecture.

Le spectacle ne se donne plus à Charleville Mézières cette année, mais il sera bientôt en tournée. On peut encore voir de Renaud Herbin au FMTM Milieu et Wax, qui valent au moins autant le détour!

Mise en scène : Renaud Herbin
Texte : Franz Pocci & Célia Houdart
Avec : Maja Kunsi? & Iztok Lu?ar (en cours)
Espace : Mathias Baudry
Lumière : Fanny Brushi
Musique : Morgan Daguenet
Vidéo : Nino Laisné
Dramaturgie : Mateja Bizjak Petit
Marionnettes : Zoran Srdi? & Zala Kalan
A partir des marionnettes historiques de Milan Klemen?i? (1936)
Visuels: (c) Mathieu Dochtermann

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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