Théâtre
Nuits théâtrales au Palais de Béhague: question d’identité

Nuits théâtrales au Palais de Béhague: question d’identité

28 septembre 2011 | PAR Emma Letellier

Le festival de théâtre contemporain roumain continue de présenter cette semaine de nouveaux spectacles. A l’affiche des Nuits Théâtrales au Palais de Béhague: Je déclare sur l’honneur.

Sur la scène dépouillée de la salle byzantine : un écran, un rétroprojecteur, un micro et un assemblage énigmatique d’instruments. Dans la pénombre, Alina s’avance et d’une voix assurée commence le récit de son enfance. Elle a grandi dans un appartement avec MTV, les refrains des groupes pop des années 1990 et les répliques mélodramatiques des séries B occidentales. Jusqu’au jour où ses parents, contraints d’emménager dans le fond de cour familial, lui proposent téléviseur, toilettes et rats à se partager.

De son adolescence et de sa jeunesse de fille Rom, dans le Bucarest post-révolutionnaire, Alina Serban livre un témoignage à vif. Ses souvenirs et ses pages de journal intime sont compilés en de courtes scènes illustrées par un montage de transparents qu’elle fait glisser avec fantaisie pendant les intermèdes musicaux. Le spectacle s’amuse d’une alternance chorégraphiée et cadencée entre récit et musique grâce à l’extraordinaire collaboration de Catalin Rulea. Xylophones, guitares, tambourins, verres de cristal et percussions Fisher Price offrent au récit poignant de la jeune femme une respiration aérienne et enjouée. Entre haine et tendresse, larmes et sourires, rébellion et acceptation, Alina Serban donne à entendre la voix peu écoutée, tant en Roumanie qu’en France, de ceux-là qui sont d’ici et d’ailleurs.

Declare pe propria rapundere est une production du Teatrul LUNI de la Green Hours et TangaProject, à Bucarest, où elle se maintient à l’affiche. C’est David Schwartz qui met en scène la jeune femme, en veillant à travailler la sobriété et la brutalité de son matériau narratif. La parole, comme la lumière aveuglante du rétroprojecteur, est coupante : elle écorche les aprioris et ravive des plaies séculaires. Mais le succès prolongé de cette création ne peut que témoigner d’une tendance certaine à l’acceptation et à la célébration d’une culture et d’une humanité bien âprement marginalisées.

 

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Emma Letellier

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