Théâtre
« Nuit Unique », une expérience de théâtre nocturne et singulière [Chalon Dans La Rue]

« Nuit Unique », une expérience de théâtre nocturne et singulière [Chalon Dans La Rue]

24 juillet 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

 

Avec Nuit Unique, le Théâtre de l’Unité a offert à 600 spectateurs privilégiés un théâtre expérientiel, une aventure d’une nuit entière jusqu’au petit matin, une traversée nocturne, onirique et poétique, qui n’a pas oublié que la nuit est le temps des fantasmes, de l’amour et de l’érotisme, mais aussi celui de la poésie. Magique et inventif, foisonnant autant que subtil : un magnifique cadeau de théâtre. A voir absolument.

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Le Théâtre de l’Unité n’en est pas à sa première expérimentation : on pourrait même dire que c’est sa marque de fabrique que de plonger le spectateur dans l’inattendu, pour mieux contourner ses défenses et surprendre ses habitudes. Décaler le regard, immerger, faire vivre autre chose, un autre théâtre, autrement. Une recherche constante, habile, généreuse aussi, que Hervée de Lafond et Jacques Livchine mènent depuis maintenant quelques décennies. C’est de ce laboratoire vivant, de cette expérience riche et diverse, qu’est né Nuit Unique. C’est dire si toutes les conditions étaient réunies pour que ce spectacle soit une réussite.

Et sans davantage ménager le suspense, on doit se rendre à l’évidence : c’est effectivement un spectacle beau, intelligent, immersif, poétique, singulier, qui ouvre là ses bras aux spectateurs qui ont la chance d’y trouver refuge pour une nuit. Une œuvre surprenante, un marathon où la fatigue est un ressort au cœur même du spectacle, pour les comédiens comme pour les spectateurs: le glissement vers les accidents, le surgissement de la spontanéité, la concession de la vulnérabilité, l’inexorable débouclage de l’inconscient à mesure que les paupières s’alourdissent et que la conscience sombre.

Dans le noir, des étincelles.

Par moments, la poésie surgit, celle qui caresse l’oreille avec des mots, qui vient se superposer à cette autre poésie qui est l’âme vive du spectacle vivant. Les vers peuvent surprendre le spectateur à n’importe quel moment, lus au micro, pour toute l’assemblée, ou murmurés à l’oreille par un comédien ou une comédienne qui viennent les y déposer avec mille précautions. On entend Rimbaud, Cendrars, Michaux… la littérature est du voyage.

Par moment, des histoires se coupent et s’entrecoupent, se mêlent et s’entremêlent, récits de vie filés ou saynètes isolées, qui tissent ensemble comme un réseau d’images confuses mais dont on n’attend rien d’autre qu’une succulente rêverie, ce qui n’exige en aucun cas l’unité ou la continuité. Comme un leitmotiv lancinant reviennent les souvenirs d’Hervée de Lafond, sa nostalgie d’une enfance passée au Vietnam. Les nems comme fil rouge d’une oeuvre qui ne veut pas trop se prendre au sérieux.

Par moment, on est réveillé, piqué au vif par l’érotisme d’une proposition qui soudain surgit, comme cette scène délectable de Dom Juan déclamée par six comédiens et comédiennes dans le plus simple appareil.

Par moment, la musique vient cueillir les spectateurs au creux de leur hamac, musique entraînante qui insuffle l’énergie de résister une demie heure de plus au sommeil, musique apaisante qui convoque l’assoupissement et le départ vers les contrées du rêve. Des chants d’autres pays viennent susurrer leur nostalgie aux dormeurs inconscients, tandis que le long de l’échine des spectateurs éveillés se glissent quelques frissons.

C’est à un voyage que le public est convoqué, un voyage en très bonne compagnie, un voyage qui pourrait sembler statique mais qui sera en réalité très lointain, car rien n’est plus exquis ou plus exotique que les paysages brumeux de notre monde intérieur, et que c’est bien à les explorer que le Théâtre de l’Unité nous invite…

Une très belle idée, une exécution marquée du sceau de l’audace et de la générosité, une mécanique gigantesque mais bien huilée, du talent à ne plus savoir où donner de la tête. Rarement découcher n’aura été aussi enivrant!

LA NUIT UNIQUE
une proposition du théâtre de l’Unité
avec: Julie Cazalas, Ludo Estebeteguy, Fantazio, Catherine Fornal, Garance Guierre, Hervée de Lafond, Jacques Livchine, Charlotte Maingé, Léonor Stirman, Lucile Tanoh.
Lumières: David Mossé
Son: Erik Billabert
Administration: Claudine Schwarzentruber et Estelle Chardon
Visuels: (C) Michel Wiart

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