Théâtre
« Nous partons pour ne plus vous donner de soucis » : une recherche digne

« Nous partons pour ne plus vous donner de soucis » : une recherche digne

25 septembre 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Quatre belles individualités tristes tentent de penser le mal actuel de l’Europe dans ce premier spectacle, plutôt convaincant, proposé lors de l’ « automne italien » de la Colline.

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En guise d’ouverture, deux petites minutes sans rien. Juste le vide du plateau, éclairé par un néon. Entrent ensuite les comédiens, équipés de micros. On s’en étonne, mais on comprend vite : ils vont parler très, très doucement.

Nous partons pour ne plus vous donner de soucis constitue un geste, d’abord intime et personnel avant d’être militant : une heure durant, Daria Deflorian, Antonio Tagliarini et leurs deux partenaires s’approprient, sur le plan émotionnel, quatre destins. Ceux de quatre femmes grecques, retraitées, se suicidant ensemble du fait de leurs grandes difficultés d’argent, dues à la crise. Le spectacle a été inspiré par le roman Le Justicier d’Athènes, signé Pétros Markaris. Mais le texte final, dit sur scène, est né d’improvisations. Et les comédiens sont si justes qu’on croit, tout du long, assister à un travail de création en direct, comme au premier jour.

La scénographie, sombre, ne variera pas beaucoup. Tant mieux : une sorte de rituel funéraire, très digne, peut se créer. Au fil des scènes, les comédiens relient le fait divers à leur propre existence. Mais sans aucun doute est-ce à nous de verser notre vécu dans le spectacle. De toute façon, on ne peut rejouer une telle situation sur un plateau : le discret comédien Valentino Villa s’y frotte, et s’y pique.

On aime les procédés choisis, à la fois respectueux, touchants et stimulants sur le plan artistique. Les questionnements ne surviennent pourtant pas toujours en nous. Peut-être trop de jeu surgit-il, en certains endroits. Le discours final, notamment, apparaît un peu déjà-vu, comme une sorte de clou forcé, qui fait qu’on n’arrive pas à en rire tristement. La sincérité se perd parfois. Et les tentatives, telle cette image de femme en noir s’enfonçant dans le mur du fond, n’aboutissent pas toujours. Mais dans l’ensemble, le théâtre est bien là. Pour nous permettre d’avoir un point de vue, utile, sur quelque chose d’assez inimaginable.

Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni [Nous partons pour ne plus vous donner de soucis], un spectacle d’Antonio Tagliarini et Daria Deflorian. Avec Daria Deflorian, Monica Piseddu, Antonio Tagliarini, Valentino Villa. Lumière : Gianni Staropoli. Décor : Marina Haas.

Présenté dans le cadre de Face à face – Paroles d’Italie pour les scènes de France. A voir également : Reality (du 30 septembre au 11 octobre) et L’Origine del mondo (du 20 au 24 octobre).

Visuel : © Elisabeth Carecchio

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