Théâtre
Nothing hurts, le FAKE Richter d’Armel Roussel

Nothing hurts, le FAKE Richter d’Armel Roussel

07 avril 2013 | PAR Christophe Candoni

Dans le cadre de la carte blanche offerte à Armel Roussel par le théâtre de Vanves, on découvre le travail du jeune metteur en scène français installé en Belgique et fondateur de la compagnie Utopia. Après son adaptation d’Ivanov de Tchekhov (voir ICI), la mise en scène qu’il signe de Nothing Hurts de Falk Richter s’apparente à une dommageable entreprise d’appauvrissement de l’œuvre pourtant percutante d’un auteur qui compte beaucoup en Allemagne.

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Nothing hurts présente des personnages dont on ne sait rien mais dont les agissements sont plutôt de l’ordre de la tentative, celle de vivre, d’aimer, de dire je t’aime, de se rencontrer, se dévoiler, de se confronter au vide, à la solitude, celle de dépasser les traumas anxiogènes liés à la virtualité de la vie moderne décrite avec beaucoup de force dans une langue nerveuse, rageuse, précise et chaotique.

Auteur et metteur en scène à la fois, Falk Richter monte lui-même ses pièces et Nothing Hurts, invité en 2000 au Theatertreffen de Berlin, fut la première étape d’une longue et fructueuse collaboration avec Anouk van Dijk avec qui il assurera par la suite les créations de TrustProtect me et Rausch. Richter laisse aussi le champ libre aux autres metteurs en scène (c’est Stanislas Nordey qui l’a fait découvrir en France). « Aucune didascalie n’est obligatoire » écrit-il dans le court préambule de l’édition française de sa pièce qui permet et invite à prendre possession de son texte pour s’en servir comme d’un matériau. Mais quoiqu’on fasse de ce texte malléable, une chose ne peut faire défaut : être à la hauteur de sa longueur de vue, de sa bouleversante intelligence, de son extrême lucidité sur le monde d’aujourd’hui. Et ce n’est malheureusement pas le cas dans la proposition d’Armel Roussel où tout sonne faux, tout est faux et dans laquelle on ne parvient à entendre l’humour, la désespérance, la pensée de l’auteur.

Quatre noctambules shootés sur la piste de danse d’une discothèque aux lumières tamisées, les corps comateux ou pseudo érotisés mais finalement peu sensuels dans des costumes ridicules de cuir ou motif fauve, en simple slip et avec des oreilles roses de lapinou, reprennent vie sur des rythmes électro – ce qui vaut aux acteurs de présenter leurs meilleurs déhanchés plutôt que de grandes qualités de jeux. Ils restent à la surface du propos tiré vers une interprétation puérile et péniblement superficielle.

Crédit photos : Zeno Graton

Carte blanche à Armel Roussel au Théâtre de Vanves jusqu’au 13 avril 2013.

 

Infos pratiques

Comédie Framboise
Compagnie l’Héliotrope
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One thought on “Nothing hurts, le FAKE Richter d’Armel Roussel”

Commentaire(s)

  • armel roussel

    Monsieur, désolé que notre spectacle vous ait à ce point horripilé. Je peux simplement vous assurer pourtant que ce spectacle (issu d’un travail d’école), nous le donnons de tout notre coeur. Que vous n’ayez vu que puérilité, nous le regrettons – pour nous bien sûr car quand les acteurs sortent de scène, ils sont quasi en état de transe, ce qui je pense n’est pas un état superficiel – mais aussi pour vous car visiblement votre « critique » ne dépasse pas le l’expression de votre mauvaise humeur et ne contient aucun arguments autres que « j’aime pas, c’est nul », ce qui est assez nul effectivement. Petite correction: ce n’est pas en 2010 que Nothing Hurts a été présenté au Theatertreffen mais 10 ans plus tôt en 2000. Autre détail: Falk Richter nous soutient sur cette proposition – qu’il a vue et aimée. Mais je suis conscient que ce n’est pas non plus un bon argument de ma part. Enfin, concernant la notion de personnages et de langue précise, apprenez que dans Nothing hurts les noms des « personnages » sont ceux des comédiens qui ont créé la pièce dont les deux comédiennes centrales Bibiana Beglau et Sylvana Krappatsch…dans les rôles de Bibiana et Sylvana. Et que la plupart des textes de la pièce sont issus en réalité des acteurs lors des répétitions et ré-arrangés par Falk. Celà n’enlève rien à la force de cette écriture, celà pour vous préciser pourquoi Falk parle de matériau. La raison pour laquelle il dit qu on peut ne pas suivre les didascalies est simplement parce que celles-çi décrivent le spectacle à la création et ne constituent pas une demande de l’auteur. Vous dîtes que Stanislas Nordey a fait découvrir Richter en France. Si c’est vrai que Nordey l’a popularisé, c’est Anne Monfort, sa traductrice en français, qui l’a fait découvrir dès 2005 en montant 3 pièces à Alfortville, Mains d’Oeuvre Saint Ouen et au Granit de Belfort, 5 ans avant Nordey. Quant aux piètres qualités de jeu des acteurs, ce sont celles là mêmes qui ont valu pour l’un d’entre eux une nomination aux prix de la critique de vos collègues belges, mais sans doute êtes vous le garant du bon goût parisien. Quant à l’humour et la désespérance, vous auriez pu avoir l’honnêteté de dire que si vous y étiez resté sourd et aveugle (et malheureusement pas muet), la plupart du public,lui, réagissait tant par instant dans le rire que par moment dans l’émotion.Mais sans doute n’avez-vous pas non plus écouté la salle… Enfin désolé pour nos déhanchés et nos costumes ridicules, nous tâcherons d’être plus élégants la prochaine fois. Nous espérons que vous en ferez de même avec votre plume. Bien à vous, Armel Roussel.

    avril 8, 2013 at 13 h 26 min

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