Théâtre

« Non à l’argent » au Théâtre des variétés

« Non à l’argent » au Théâtre des variétés

05 novembre 2017 | PAR David Rofé-Sarfati

Parfois, le « boulevard » réserve des surprises. Non à l’argent emmené par Pascal Legitimus au luxuriant Théâtre des Variétés est une très bonne surprise. Comme le promet l’affiche la pièce constitue une comédie grinçante et inattendue. 

Un sujet tabou en tension

Richard a connu une enfance sans père, élevé par une mère envahissante et étouffante. Enfant il s’est inventé une vie de héros pour oublier le père alcoolique qui l’a abandonné et aussi pour ne pas voir l’indigence sociale d’une mère, femme de service d’une cantine scolaire. Richard est un rêveur par nécessité et aussi par opportunisme parce que sa mère l’a surprotégé et que sa femme a su prendre la suite. Lorsqu’il gagne 162 millions au Loto, il refuse le gain, renonce à une vie qu’il prédit futile, car il suppose que cet argent va détruire son nid et lui fait perdre l’amour des siens. Créatif farfelu d’un cabinet d’architecture qu’il partage avec son meilleur ami Étienne, il ignore tout des contingences financières. Son ami le protège de l’adversité. Sa femme prof de philo fait bouillir la marmite.

Du boulevard avec des célébrités qui ne viennent pas du boulevard

Pascal Legitimus joue cet adulte infantile et ambivalent broyé d’abord par un farouche besoin d’être aimé, et d’en constater les preuves et ensuite par le besoin, lui doux rêveur et ancien enfant gâté, de s’investir dans une grande chose. Et cette grande chose, il l’a décidé ainsi, sera de refuser les millions et de le faire dire et ainsi de devenir, dans une attitude christique, un héros à la Gandhi, tout à la fois légèrement parano et donneur de leçons au monde, en un mot : un magnifique anti héros. Pascal Legitimus, incroyable talent, réussit l’exploit d’incarner ce Richard là. Julie de Bona, sa femme supporte la force de son jeu. Claire Nadaud, la mère assure sans cabotinage les gags qui rythment la pièce. Et Philippe Lelièvre, le meilleur ami, chef d’orchestre de l’édifice accorde la pièce en la consolidant (c’est sa deuxième incursion dans le boulevard après Folle Amanda cette année), il finit de constituer une troupe qui respecte le public autant que le texte judicieux de Flavia Costa (réalisatrice en 2017 de UN JOUR MON PRINCE une comédie avec Catherine Jacob).

La mise en scène, le décor et les lumières sont quasi inexistants. On joue plein feu au milieu d’un décor impossible mais peu nous en chaut car la réussite tient aux comédiens drôles et inspirés.

Distribution

Richard: Pascal LEGITIMUS
Claire: Julie DE BONA
Rose: Claire NADEAU
Etienne: Philippe LELIEVRE

Créateurs

Auteur: Flavia COSTE
Mise en Scène: Anouche SETBON

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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