Théâtre

Nom d’un Chien-Chien qu’Alice Taglioni est belle!

11 octobre 2010 | PAR Pamina Le Guay

Presque un an après la disparition de Jocelyn Quivrin, son compagnon, la comédienne Alice Taglioni revient au théâtre dans «Chien-Chien», la nouvelle comédie de Fabrice Roger-Lacan. Avec, à ses côtés, son amie Elodie Navarre.

Ce qui ressemble au hasard réunit deux anciennes amies d’enfance. Les jeux dangereux et cruels auxquels elles jouaient autrefois vont empoisonner leur relation d’aujourd’hui.

Linda et Léda. Le même âge, presque le même prénom, mais des existences aux antipodes l’une de l’autre. Les deux femmes se rencontrent à l’occasion d’un de ces week-ends mêlant travail et détente qu’organise le mari de Linda, tout puissant patron du mari de Léda. Elles ont deux heures devant elles pour faire connaissance avant l’arrivée des hommes. Très vite, les rouages bien huilés se grippent et ce qui ne devait être qu’un apéritif de courtoisie tourne à l’affrontement acide.

Linda et Léda ne tardent pas à se reconnaître. Dans une autre vie, elles ont été deux petites filles qui ne pouvaient s’aimer sans se faire du mal l’une à l’autre. Elles ont été séparées à la suite d’un accident. Les deux amies sont liées par une blessure et par le « chien-chien » un jeu pervers de la petite enfance.

Adèle, l’ancienne victime est devenue la superbe Linda, qui aujourd’hui profite de la position de son mari pour soumettre Léda. Mais, attention, il ne s’agit pas d’une simple histoire de vengeance, le concept de Fabrice Roger-Lacan est beaucoup plus profond.

Il parle aux spectateurs de l’enfant qui sommeille en chaque adulte et pose la question de comment grandir ?

Dans le jeu des deux actrices, il y a beaucoup de tensions inattendues pour une comédie. On ne découvre pas tout de suite que les deux femmes se connaissent, on est un peu perdu et inquiété par la folie apparente de Linda, riche femme oisive, interprétée par la magnifique Alice Taglioni.

Lors de ce huis clos angoissant, tout ce que les deux femmes ont enfoui depuis près de 20 ans les submerge. Elles perdent le contrôle d’elles-mêmes. Le spectateur à une impression angoissante presque agaçante, l’auteur questionne : est-ce qu’on ne fait « jamais de progrès ?» Finalement, les deux trentenaires n’ont pas grandi, le spectateur est appelé sans cesse à les juger mais il a très vite la sensation de tourner en rond. Toutes deux sont à la fois coupables et victimes.

Seules dans une villa au luxe irréel, les deux femmes vont renouer avec les rituels du passé. Mais les enjeux ne sont plus les mêmes et la situation leur échappe. En ouvrant la boîte aux dangereux joujoux, elles ont réveillé leurs vieux démons. On est frappé par l’immensité de la scène, les deux actrices ont l’air minuscules, toutes les deux isolées, il y a une distance matérielle entre elles. Le décor signé Laura Léonard, surprend. Un piano de luxe, spécifiquement intégré à la scène pour Alice Taglioni, côtoie  entre les murs nus d’un décor de grenier, des cordes et du matériel de navigation.

Dans cette ambiance angoissante, les deux actrices se torturent. Le metteur en scène, Jérémie Lippmann, insiste sur cette forme d’amitié infantile : souvent, les jeunes filles se construisent en miroir, avec une « meilleure amie » fusionnelle, et sans qu’elles ne s’en aperçoivent, avec plus ou moins de violence, elles s’éloignent et se déchirent pour grandir. En effet Linda et Léda, se détestent et s’adorent, leur relation est inquiétante, on assiste à un dialogue de sourdes, où chacune poursuit et s’enfuit. Elles ne se comprennent plus, ça les agace, donc elles s’agressent sans cesse.

Une pièce sur la manipulation, aussi, jusqu’où va t-on pour apaiser ses angoisses, pour se prouver qu’on a changé ?

Linda est à l’origine de cette manigance, elle piège Léda. Elle veut se venger mais cette vengeance est ambiguë.  Qui va gagner le jeu, qui sera le chien-chien ? C’est un « je t’aime moi non plus » incessant, entre mépris et passion, les deux amies se dégradent, se combattent mais s’aiment. Cette lutte symbolise la nostalgie, mais aussi la terreur, du retour en enfance. Difficile de schématiser Chien-Chien.

Les deux femmes, bloquées par « leur petite fille intérieure », souhaitent profondément, renouer avec cette amitié qui leur a échappé et les a laissées comme handicapées.

Infos pratiques : Chien Chien du 28 septembre au 6 novembre, au Théâtre de l’Atelier, 1 Place Charles-Dullin Paris 18e, M° Abesses, Pigalle ou Anvers, tél : 01 46 06 49 24, de 8 à 35€.

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