Théâtre

NéNESSE de AZIZ CHOUAKI au DéJAZET

NéNESSE de AZIZ CHOUAKI au DéJAZET

11 janvier 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Aziz Chouaki invente le personnage de Nénesse, un ancien rockeur devenu bouffon réactionnaire et raciste. À partir de ce texte Jean Louis Martinelli dans une mise en scène contemporaine donne à Olivier Marchal un rôle inoubliable.

Nénesse un vieux rockeur à la vie ratée est devenu une sorte de bouffon ridicule, à la fois réactionnaire truculent alcoolique rabelaisien violent raciste et vulgaire. Il exploite sa femme Gina et héberge deux sans-papiers pour ajouter un revenu à son RSA. Les deux clandestins vont l’obliger à se confronter au reste du monde.  À la fin de la journée, Nénesse en proie à sa déréliction et au désespoir de celui qui a raté sa vie se débarrassera de ce monde qui « le fait chier ».

Un méchant déchu et vindicatif.

Aziz Chouaki invente ici son méchant de fiction, entre Dark Vidor et l’épouvantail de Batman, un personnage déchu et vindicatif. Nénesse est une construction empilant l’image du beauf raciste des années 60,  le fantasme victimaire et paranoïaque de certaines banlieues (un français de « souche » fictif plus raciste que nature) et une identification à l’agresseur qui fait retour (Nénesse est phallo et misogyne à l’instar de ces maris de banlieues difficiles qui frappent leur femme et leur rackettent leur salaire). Les autres personnages finissent d’écrire cette histoire à la façon comics. Leurs caractères sont catégoriques, aiguisés, caricaturaux à l’extrême.  La pièce qui se cherche actuelle rate sa cible, mais en devient un songe intemporel. Si les questions des réfugiés, de la construction de l’Europe, de l’antisémitisme musulman ou de l’administration kafkaïenne de l’état civil sont abordées, elles sont un effet de bord et jamais ne contextualisent le propos.

Une pièce de comédiens.

Sans sous-texte, avec une intrigue pauvre et ramassée on s’ennuie un peu. Sauf que les dialogues  argotiques imaginés par Chouaki dans une mise en scène réaliste et donc discrète transforment chaque phrase en une performance d’acteur. Christine Citti interprète une épouse cassée, mais combative. Hammou Graia défend le rôle d’un musulman libidineux jusque que dans son phrasé à la limite du bégaiement. Geoffroy Thiebaut tente désespérément de ramener de l’esprit dans cet univers de l’immédiateté. Chacun de ces trois comédiens déploie un talent rare. Et puis il y a Olivier Marchal, il faut voir la pièce pour lui, qui nous offre avec un texte extrêmement difficile une composition d’exception et un numéro d’acteur époustouflant.

Un joyeux moment de théâtre pour ceux qui aiment les acteurs.

 

 

 

 

 

Auteur : Aziz Chouaki
Artistes : Christine Citti, Olivier Marchal, Hammou Graïa, Geoffroy Thiébaut
Metteur en scène : Jean-Louis Martinelli

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
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