Théâtre
M(other) Courage d’après Brecht : l’écriture singulière et puissante de Marta Górnicka

M(other) Courage d’après Brecht : l’écriture singulière et puissante de Marta Górnicka

13 octobre 2016 | PAR Nicolas Chaplain

En France, nous avions découvert Marta Górnicka à Nanterre-Amandiers en novembre 2014 avec Requiemachine puis à la Villette. C’est dans le cadre du festival « Theater zur Demokratie » que le Gorki Theater reçoit  M(other) Courage, une pièce écrite par Marta Górnicka influencée par Mère Courage de Bertold Brecht et par l’actualité brûlante. Elle est interprétée par un chœur d’une vingtaine de personnes, des amateurs, des étudiants et des comédiens du Staatstheater Braunschweig

 

Marta Górnicka choisit comme matériau de départ Mère Courage. La pièce écrite en 1939 par Brecht, alors exilé en Scandinavie, met en scène une cantinière qui tire sa carriole sur les routes d’Europe pendant la guerre de Trente Ans pour faire des affaires et ainsi gagner quelques sous. La figure contestataire et pitoyable de cette mère qui refuse la guerre mais qui en a besoin inspire à la jeune metteuse en scène polonaise un texte personnel, puissant et extrêmement moderne sur l’errance et le courage des migrants, l’intégration, les conflits mondiaux actuels, le rôle des politiques, de l’Europe, l’argent, l’égalité et la fraternité.

Face à nous, un chœur scande, crie, répète les mots de Marta Górnicka qui est présente dans les gradins en pleine lumière et dirige les acteurs, comme un chef, varie les rythmes et les volumes de la parole. Composé principalement de femmes et de quelques hommes de tous âges, professionnels ou amateurs, habitants la région de Braunschweig, ce chœur est une figure massive, unique et multiple qui se déplace, évolue, chante, danse, prend parfois des allures de cabaret.

A la manière du chœur tragique antique, ses mots sont précieux et ont un potentiel didactique important. « Nous sommes le peuple » disent-ils avec force. Juifs, chrétiens, musulmans, étrangers, nous sommes tous des allemands « comme Angela Merkel ». Le chœur fait entendre des voix et des positions différentes : celles des citoyens ouverts aux autres, prêts à accueillir les réfugiés, des manifestants, des acteurs du tourisme sexuel, des journalistes et des mères qui se demandent si elles ont commis des fautes et chantent une berceuse car elles aiment « comme on peut seulement aimer ».

M(other) Courage nous interpelle et questionne la vérité des messages et des photos diffusés dans la presse et sur internet, la vérité d’une Europe incapable et paralysée par les peurs, l’argent, la guerre. La forme est surprenante, percutante et incisive. Oppressante et combative, elle dénonce les nationalismes, toutes les formes de racisme et témoigne frontalement des doutes et des angoisses face à la brutalité du monde et l’inéluctable répétition de l’Histoire.

Au Gorki Theater de Berlin, le 12 octobre 2016. © Volker Beinhorn

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